ÉVOLUTION DES CHAPITEAUX
E soleil a échauffé l’atmosphère, assemblé les nuées, provoqué les orages bienfaisants, mis dans chaque goutte de pluie une étincelle vitale. Le phénomène s’est produit. La terre s’est entrouverte. Elle a reçu la rosée
La Langue Sacrée
céleste dans son sein. Elle va féconder ces germes, donner naissance à tout un monde.
Ici, soulignons un point important : c’est par le temple que nous étudions l’univers, et la terre forme les degrés mystiques de ce temple. Elle en est la base. Elle fait donc partie de cet ensemble magique, lumineux, idéal. Les germes qu’elle reçoit, le monde auquel elle donnera naissance, est un monde divin. Les arbres qui en surgiront formeront cette colonnade splendide, dans lesquels l’âme des morts : oiseau, papillon, fleur volante, pourra monter au ciel.
C’est un monde mystique, ne l’oublions pas, que nous étudions. Rappelons qu’en Égypte, dans la cérémonie de la fondation et de la consécration du temple, « on pioche la terre pour tracer le sillon de l’enceinte, mais aussi comme le cultivateur pour la rendre fertile ; en pensée le prêtre compare la demeure divine qui va sortir du sol à la plante, à l’arbre où se cachent les dieux. Ensuite, on arrose ; l’eau figure ici celle qui sera nécessaire aux constructeurs ; on verse de la terre ; on enfouit des graines de lotus (la fleur d’où Horus s’échappe, au matin, du limon ».
Le principe de cette cérémonie est l’imitation du cultivateur céleste. C’est son œuvre qu’on célèbre. L’eau versée est divine. La graine que l’on sème est miraculeuse et donne naissance à Horus. L’arbre qui doit en provenir est celui « où se cachent les dieux ».
D’où provient cette graine miraculeuse? Du soleil, qui s’engendre lui-même dans son temple. Il y ressuscite, il y apparaît tous les jours. Le temple égyptien, c’est la barque divine, la Bari, dont il a pris la forme. Tout être mort ou vivant que le
^ Rochemonteix : Le Temple égyptien, p. 29.
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soleil admet dans cette barque ressuscite avec lui. Aussi la génération dont le temple est le modèle est une génération divine. Elle est l’œuvre de la lumière. Elle est toute de feu. Les figurations que nous avons étudiées et celles que nous allons suivre sur les colonnes, les chéneaux, l’acrotère, etc., appartiennent à un monde supérieur comme le temple luimême; et quand nous verrons naître d’une fleur la figure humaine, cette fleur est mystique, et c’est l’âme immortelle; la lumière en sort. Ce n’est pas un être terrestre, mais son image céleste.
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La première création de la Fleur Cosmique, c’est le germe; graine de forme ovale à sa partie supérieure, appointée à sa partie inférieure'. La Fleur Cosmique, dans sa forme la plus simple 2, présente, entre deux cépales bleus, ce germe divin peint en rouge (fig. 149). Celui-ci peut s’agrandir, se modifier et donner naissance à toute créature, même au soleil! ^ (fig. 149, 3).
M. Goodyear identifie deux figures (fig. 149, 1 et 3) dans lesquelles il reconnaît deux boutons de lotus surmontés de palniettes. La fig. 149,3 peut, en effet, se décrire ainsi. Il n’en est
' Ce signe est apparenté avec le signe 22 (U>- vol., fig. 143 et 144), le germe, l’œuf, seulement celui-ci apparaît par sa pointe entre les deux cornes.
2 M. Borschardt, dans le livre mentionné à la page 26, reconnaît à juste titre, dans les chapiteaux égyptiens de cette forme, l’imitation de la fleur du lys, mais il nie, comme pour toutes les formes architecturales fleuries, une idée symbolique quelconque dans cette figuration.
3 Nous donnons ci-dessus (fig. 108, p. 149) le soleil lançant des rayons grains de blé. Nous étudierons ce signe à propos de l’Arbre Sacré, de l’ôve, etc.
La Langue Sacrée
pas de même de la seconde (lig. 149, i). Dans celle-ci c’est le germe qui sort du bouton; il est lancé par le soleil-ovaire; son premier rayon se manifeste et pénètre dans l’écharpe d’Hatlior, le ciel, la maison du soleil — signe que nous étudions plus
— Mariette, t. II, pl. 87, et Good., p. 109.
loin. — C’est le premier degré, prélude de la résurrection de l’âme, enfermée dans la Fleur Cosmique.
Par quelle vertu ce germe croît-il? Quelle force l’anime?
Signe 123.
A cette demande répond un nouveau signe : les chevrons superposés (lîg. 151),? qui se transforment, et constituent une
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Fig. 150. Broderie de Pont-l’Abbé.
Document communiqué par madame la
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figuration dans laquelle, tour à tour, les principes de sève, de croissance, de générations successives, etc., sont exprimés.
Le feu étant un être vivant pouvait grandir ; de même les rayons solaires — les bras du dieu — pouvaient s’allonger.
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Un signe était donc nécessaire pour indiquer la croissance des plantes, des animaux, de l’homme par l’action du soleil ou du feu.
« Tu produis (Agni) les plantes dont tu portes en toi le germe », dit le Rig-WédaL et plus loin: « Il pénètre dans les bourgeons nouveaux ».
Fig. 151. — 1. Couteau de bronze. Musée de Zurich.
2. Gaule. Instrument en bois de renne. Girod et Massenat, pl. XXXI.