O^VEN
Ce n'est pas défendu. S'il n'a pas faim?
LE SOLDAT
S'il n'a pas d'appétit, qu'il me le donne, je le mangerai. Faut être imbécile pour donner son pain à l'ennemi, au lieu de penser aux camarades. On se serre assez le ventre déjà. La moitié de la mangeaille s'en va aux prisonniers. Bon Dieu ! si c'était moi, je me chargerais de les nourrir!
ALAN, à Owen
J'ai pensé, en la voyant, à ma pauvre vieille 6i
maman. Elle n'a peut-être pas non plus de quoi manger, aujourd'hui.
OWEX
Gomme elles sont enragées contre nous !
ALAN
Je ne lui faisais pourtant pas de mal.
LE SOLDAT, qui a ramassé le pain
Tu ne le manges pas ?
ALAN
Non.
LE SOLDAT
Merci.
Il l'essuie et le mange voracement.
Lawrence et Clodds sont venus regarder, du sommet du kopje.
LAWRENCE
Ils sont hors d'eux. Tout le pays est soulevé, depuis les proclamations.
CLODDS, montrant le camp, en bas
Ils s'apaiseront là-dedans.
LAWRENCE
Quel silence ! que font-ils ?
CLODDS
Ils prient, ils dorment, ils meurent.
LAWRENCE
Ils meurent beaucoup ?
CLODDS
Demandez au médecin.
MILES, arrivant
Hum ! — La nourriture est insuffisante, l'hygiène déplorable, les abris rudimentaires ; la pluie glacée ruisselle, et s'amasse dans ce creux. Gomment ne serait-ce pas un nid d'épidémies?
LAWRENCE
X'aA^ait-on pas pensé à tout cela ?
MILES
Ce devait être provisoire. Les prisonniers ne devaient rester ici qu'un jour ou deux, avant d'être transportés dans une ville plus éloignée du centre des opérations. Mais on nous a fait savoir que les prisons et que les hôpitaux regorgent. Puis, les routes ne sont pas sûres ; elles sont battues par la cavalerie ennemie. Il faut attendre.
LA^VRENCE
On pouvait les laisser quelques jours encore dans leurs maisons.
CLODDS
Dès qu'on a le dos tourné, ils communiquent avec Tennemi.
LAWRENCE
Je sais; mais en les surveillant?
CLODDS
Il faudrait surveiller tout le pays. Avec les distances qui séparent leurs fermes, l'armée serait dispersée sur un secteur de plusieurs lieues. L'ennemi aurait beau jeu pour nous surprendre.
LAWRENCE
C'est juste.
MILES
Je fais de mon mieux. Je vâens d'y passer mon après-midi. On les nourrit comme on peut, et on les soigne, comme si c'étaient les nôtres. — Seulement on manque de tout.
SIMPSON, arrivant
Laissez donc. Ils sont beaucoup mieux que chez eux. (i) Savez-vous bien, Lawrence, que chacun de ces drôles nous coûte lo shillings par semaine? En six mois, nous avons dépensé 4^0.000 livres pour
(1) Miss Phelpes, infirmière. Réponse à miss Hobhouse (Times, 27 septembre 1901.)
4o.ooo femmes et enfants, répartis entre les divers camps, pom"\Tis de tout : nourritui^e, logement, vêtements, couvertures, médecins. Jusqu'à des écoles! Mrs. Simpson a déjà commencé, ce matin, à leur faire un cours d'anglais. — Et ils se plaignent ! — Ce sont de misérables menteurs. Nous nous épuisons à leur venir en aide. Nous dépensons plus pour les femmes et les enfants de nos ennemis, que pour les bons loyalistes Anglais. Ces drôles se gobergent à nos dépens.
CLODDS
Le fait est que l'Angleterre est le premier peuple qui ait nourri les femmes et les enfants de ses ennemis. On n'a jamais vu cela dans Ihistoire.
SIMPSON
« Nous sommes trop modérés. Tout le monde nous trouve trop modérés. Notre bonté nous rend ridicules. » (i)
LAWRENCE
Vous avez raison. Pourtant, c'est par centaines qu'ils meurent.
SIMPSON
Oh ! vous exagérez !... — D'ailleurs la mortalité a toujours été très forte chez eux. Ils sont si sales !
(1) Chamberlain. Discours du 24 août 1899.
65 nr.
Les mendiants de nos bouges européens sont des gentlemen auprès d'eux. Les enfants pourrissent dans Tordure. Ilfaudrait les baigner de force comme des chiens.
L'hygiène à coups de canon.
CLODDS
C'est la guerre après tout. S'ils ne sont pas contents, ils n'ont qu'à faire la paix : nous ne demandons pas mieux. C'est le moyen d'en finir.
MILES, voyant venir Carnby
A moins de recourir au principe de notre ami Carnby : l'extermination en masse.
RICHARD CARXBY, arrivant avec un autre reporter
Assurément; c'est très biblique : tuer les hommes, yioler les femmes.
MILES
Ma foi, pour une prochaine guerre, on pourra organiser un régiment de poètes. Il n'y a plus qu'eux aujourd'hui pour renouveler les exploits d'Attila.
RICHARD CARNBY
Je viens de passer deux heures dans le camp. On dirait l'Enfer de Dante. Vo^ez donc. Avec Flag, nous avons pris quelques instantanés.
MILES V -
Vous envoyez cela à votre journal ? V