‹ Le terre-neuve; comédie en trois actesChapitre 55 sur 121 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

BRUNIQUEL

Qu'est-ce que je vais lui dire? (soufflant et s'épongeant.) Ah! J'ai chaud!... (il s'asseoit.) Avant tout, éviter qu'elle ne m'embrasse !... Si elle m'embrasse, je me connais... je suis perdu!... Et puis, il faut que je pense à ma femme tout le temps... tout le temps!... Là est le salut!... Ah! Adèle!... Ah! Sainte et digne créature !... Ah! Adèle!... Ahl Sainte et digne créature ! (il répète ces mots plusieurs fois, les dit machinalement, sans y penser, et finit par chantonner : « Adèle, t'es belle... J'en pince pour tes gros nichons! » Il s'en aperçoit et s'arrête indigné.) Hé bien! Qu'est-ce que c'est?... Dieu! Que j'ai chaud! (il enlève un foulard noir, qu'il a autour de son cou et le tient à la main.) Dire que je ne peux pas penser à ma femme, même pendant une minute ! Il me faudrait un signe matériel, un objet quelconque, qui la rappellerait à mon souvenir, forcément, malgré moi!... Ah ! Mon foulard !... C'est elle qui me l'a donné !... (il noue son foulard noir autour de la manche gauche de son pardessus, qui est de couleur claire.) Voilà ma

femme! Ce foulard, c'est Adèle!... Comme ça, je l'aurai sous les yeux et, si je viens à faiblir... Angélina entre de gauche, premier plan.

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