SCENE PREMIERE
BRUNIQUEL, puis MADAME BRUNIQUEL.
Au lever du rideau, la scène est vide. — Bruniquel entre du fond, l'air maussade, absorbé, le chapeau sur les yeux.
BRUNIQUEL
Ce matin, j'avais le cœur plein d'illusions et une maîtresse délicieuse... et, ce soir, rien... je n'ai plus rien!... Voilà la vie!... Chassé... moi, chassé par cette femme, que j'ai comblée!... Cette femme, àqui j'ai failli acheter un hôtel!... Et tout cela, tout cela, grâce à ce Gorbinet!... Ah! Le gueux!... La réception, que je lui ménage, à ce monsieur !...
madame BRUNIQUEL, entrant de droite, premier plan.
Ah ! Tu es rentré ?
BRUNIQUEL
Oui, à l'instant !...
MADAME BRUNIQUEL
Tu n'as pas l'air de bonne humeur!...
BRUNIQUEL
Ce n'est rien !... Un ennui !...
MADAME BRUNIQUEL
La crise ministérielle?... Tu ne fais plus partie de la combinaison? Un i:e veut plus de toi dans le cabinet ?
BRUNIQUEL, amèrement.
C'est cela, oui!... Je ne fais plus partie de la combinaison ! On ne veut plus de moi dans le cabinet...
Hé bien!... Ce sera pour une autre fois !
BRUNIQUEL
Non, jamais !...
MADAME BRUNIQUEL
Lq ministère change assez souvent!... Tiens I... Martinet, ton ami... il a attendu dix-huit ans, lui!... Il y est arrivé!... Ne te fais pas de mauvais sang, va!...
BRUNIQUEL, très ému.
Ah! Adèle!... Adèle!...
MADAME BRUNIQUEL
Hé bien!... Qu'est-ce qui te prend?
BRUNIQUEL
Tu es bonne, toi!... Tu es bonne!... Ah! Si je ne t'avais pas, vois-tu...
MADAME BRUNIQUEL
Voyons, calme-toi!... N'y pense plus!