‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 1 sur 185 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les ravages que la Terreur a exercés parmi les populations du Pas-de-Galais et du Nord n'ont pas attiré jusqu'à présent l'attention des écrivains qui se sont occupés de la Révolution française. Nous avons essayé de combler cette lacune, et de donner à Joseph Le Bon et aux Tribunaux révolutionnaires d'Arras et de Cambrai la place qui leur appartient dans l'Histoire.

Guidé par le seul amour de la vérité, nous avons pris soin de rassembler, avant de composer ce livre, des documents dont l'authenticité fût à l'abri de toute contestation. • Les sources auxquelles nous avons puisé se classent en trois catégories.

La tradition nous a fourni sur le pastorat de Le Bon, curé constitutionnel de Neuville, des renseignements ob-

1. L'accueil fait à l'Histoire de Le Bon imposait à l'auteur le devoir de comploter, s'il était possible, les documents dont la production avait si vivement intéressé le public. Éclairé par d'obligeantes indications, nous avons mis à profit des matériaux importants dont l'existence ne nous avait pas été révélée lout d'abord : qu'il nous suffise de citer les délibérations du conseil général de la commune d'Arras et le dossier de la procédure criminelle instruite à Amiens contre Joseph Le Bon. {Note de ta deuxième édition.)

tenus sur les lieux mêmes, de la bouche des contemporains, et mis en écrit il y a près d'un demi siècle.

Grâce à la bienveillance de plusieurs bibliophiles, nous avons pu réunir une collection précieuse de pièces inédites, appartenant à la période révolutionnaire, et les divers ouvrages publiés sur Joseph Le Bon et ses principaux agents. Dans ce nombre, hâtons-nous de le dire, pamphlets et réhabilitation nous ont inspiré, à des titres divers, une égale méfiance; nous n'avons guère emprunté à ces livres que les pièces justificatives qui les accompagnent. Le Procès de Joseph Le Bon devant le tribunal criminel d'Amiens, imprimé en Tan III, nous a paru mériter une attention exceptionnelle : les témoins à la parole de qui la justice a cru ont assurément le droit de déposer devant l'histoire.

C'est surtout dans les Archives que nous avons recueilli nos matériaux. A la prison d'Arras, nous avons dépouillé le registre d'écrou de cette maison des Baudets de laquelle tant de victimes sont sorties pour monter à l'échafaud. Au greffe du tribunal civil, nous avons pris des renseignements précis sur les noms, âge, profession, domicile de • chacun des trois cent quatre-vingt-douze condamnés que la Révolution a frappés de mort. Le greffe criminel de Saint- Omer nous a fourni les minutes mêmes des jugements rendus par le tribunal révolutionnaire d'Arras : nous en avons reproduit textuellement les plus considérables; pour tous les autres, acquittements ou condamnations, nous avons extrait de l'acte d'accusation et de la déclaration du jury les faits incriminés.

Mais il ne suffisait pas de connaître une partie de la vie de Le Bon ; nous avons voulu le suivre dans toutes les phases de sa camère politique : maire d'Arras, membre du Département, député h la Convention nationale, représentant en mission, accusé à son tour et condamné à mort. Au lieu de le considérer isolément, nous avons pris à tâche de le faire mouvoir au milieu des autres acteurs du drame révolutionnaire, et de montrer eu lui l'agent dévoué du Comité de salut public, le maître souverain des autorités constituées qui servirent d'instrument à sa tyrannie.

Ce n'était pas assez non plus de relater les noms des victimes et les motifs de leur condamnation ; tout ce qui se rattachait à leurs antécédents, aux motifs de leur arrestation, aux incidents de leur procès, un douloureux intérêt nous faisait un devoir de le sauver de l'oubli.

Ainsi l'horizon allait s'élargissant, et nos découvertes mêmes appelaient de nouvelles investigations. Les richesses inexplorées que possèdent les archives départementales ont satisfait à nos désirs. Délibérations du Département, des Districts et des Comités de surveillance du Pas-de-Calais, proclamations, lettres et arrêtés de Le Bon, liasses énormes contenant toutes l'es pièces relatives à la Sûreté générale, il nous a été donné de tout voir, de tout étudier.

Une seule lacune existait dans le plan que nous nous étions tracé : nous devions accompagner Joseph Le Bon d'Arras h Cambrai et faire connaître, sur ce nouveau terrain, les œuvres du tribunal révolutionnaire; mais dans

— Mil

'ette ville la plupart des jugements n'avaient pas été imprimés ; les actes de décès des condamnés n'avaient même pas été dressés ; de sorte que Ton possédait à peine une liste fort incomplète des cent quarante-neuf malheureux que la guillotine avait immolés. Heureusement, un registre tenu par le greffier du tribunal révolutionnaire et renfermant tous les éléments des décisions intervenues étoit conservé à Paris c aux archives de l'Empire .D'un autre côté, nous avions découvert à Arras des notes d'audience tenues avec une régularité parfaite par l'un des jurés de Cambrai. Nous pouvions dès lors présenter au lecteur un travail complet.

Les archives de l'Empire, les archives du département du Nord, les archives de Cambrai nous ont encore révélé une partie de la correspondance de Le Bon avec le Comité de salut public, les arrêtés du District, les délibérations de la Commune et du Comité de surveillance Cambrésietis. Enfin, nous avons suivi dans le Moniteur les discussions parlementaires auxquelles la mise en accusation de Joseph Le Bon a donné lieu.

Indiquer ces sources, c'est dire que nous avons voulu, sans exagération et sans déguisement, écrire une histoire vraie. Nous n'avons eu d'autre soin que de classer ces médailles sanglantes, trouvées dans le sol révolutionnaire, et d'en expliquer la légende. L'auteur s'est eflfacé, autant qu'il l'a pu, devant les documents qu'il a cités.

LIYRE I

Joseph ta Bon naquit 4 Àms, le 25 septembre 1765, de Nicolas-Françote et de Marie-Madeieiue^oseph-Bernardiue Réguie* \ ta Bw père, originaire de Saint-Pol, avait été * reçu et admis 4 la bourgeoisie d'Amis » le 30 novembre 1762. Il exerçait, députe le 12 mars précédent, « selon le bail k lui accordé pour neuf années », l'un des offices d'huissier du Conseil provincial d'Artois. ta 21 août 1770, il obtint au concours le modeste emploi de sergent-à-verges de l'écheviuage 2 > Les époux le Bon donnèrent le jour à

1. Extrait du registre aux baptêmes, mariages, «t stipulera de l'église paroissiale de St-Aubert m la ville d'Arras, — Van mil sept cent soixanteotoq, ift vingtrsfo septembre,, uqus, prêtre bafcitué en cette paroisse, avons baptisé un garçon né le jour précédent, £ sep* heures du soir, en légitime mariage de tfjcolaM'rinçofe jte «on et de Jllarie-MaMainWoseph-Bernardine Régnier, ses pore <H roèro. On lui a donné pour noms Guislain-François-Joseph. Iq parrain a $tô te sieur louivjosepn Fromeintiu et la mar reine isatoU^uislatoe-PkUippine ïzambart, lesquels ont sign4 *vec nous, prêta».-, Signé Fromeint», Jsamfcart, Dourael, prêtre,

2. Archives départementales ; Registre au* çûfiomissiong du Conseil d'Artois, Awbï»e* municipale* ; Regtetro aux Bourgeoia et registre aux délibérations du magistrat

neuf enfants '; cinq moururent en bas âge; Joseph était Faîne des trois autres : Léandre, Henri et Henriette.

Joseph Le Bon fit ses études, comme externe, au collège d'Àrras, dont la direction avait été confiée, après l'expulsion des Jésuites, aux prêtres de l'Oratoire. Au rapport de ses contemporains, ce il se faisait remarquer, dès ses jeunes années, par une grande inégalité d'humeur; tantôt, silencieux et recueilli comme un Chartreux, il s'accordait à peine le droit de sourire; tantôt, passant à l'excès contraire, il se livrait à une gaîté folle et à la dissipation. On remarquait du reste en lui quelque chose d'acrimonieux, de hautain et de malveillant 2 ».

On demandait à un ancien professeur de Juilly quelques renseignements sur Le Bon dont il avait été le condisciple; « Orgueil, envie, apparence de franchise, tel était, réponditil, le caractère de Joseph Le Bon au collège d'Arras. Il avait une mémoire très-heureuse, une élocution facile, un esprit un peu exalté, mais non dépourvu de jugement et de goût. Ces dons de l'intelligence étaient gâtés par une vanité qui *e rendait peu aimable pour ses maîtres et ses condisciples. Assez frêle de corps, il était peu redoutable à de certaines luttes et même assez poltron 8 ».

1, Voici les noms de ces neuf enfants :

1. Brigitte-Rose-/<wepA, née le 27 mars 1763, décédée le 18 août 1766.

Page 1