TECHNIQUE DE LA MÉTHODE
Nous savons déjà qu'il faut injecter une solu- Uon de chlorure de sodium. Quel doit être le titre de cette solution ?
Tous les différents auteurs, qui ont étudié celte question, sont d'accord sur ce fait que le ütre de la solution importe peu; les résultats sont identiques avec des solutions de concentrations tout à fait différentes. C’est ainsi que Aldrich et Mac Clure ont employé une solution à 8,5 pour 1.000, tandis que Paul Chevallier et Stffel ont expérimenté avec des solutions à h) 8, 15:et 20 pour cent. Peu importe donc que lon s'adresse à des solutions isotoniques ou hypertoniques; ce qui semble avoir plus d'importance c'est le pH de la solution.
Néanmoins, nous avons expérimenté avec une seule solution dans tous les cas, celle que Aldrich et Mac Clure avaient employée, c'est-àdire avec une solution de sérum physiologique à 8,5 pour mille,
Certains auteurs prétendent que la quantité de solution saline injectée n'a aucune importance; d’autres prétendent au contraire qu'elle en a beaucoup. Nous nous sommes conformés dans nos expériences aux indications de Aldrich et Mac Clure, c’est-à-dire que nous avons conslamment injecté deux dixièmes de centimètre cube de la solution et, pour plus d’exactitude, nous avons, suivant les conseils de Chevallier et Stiffel, employé à cet effet la seringue de Barthélemy.
Quelques-uns ont conseillé d'employer des solutions colorées pour pouvoir apprécier plus aisément et par suite plus exactement le temps de disparition de la boule d'œdème. Cela n’est pas nécessaire, l’apppréciation se faisant avec assez d’exactitude si l’on prend la précaution, ainsi que nous le dirons, d'associer le palper à la vue.
Les injections peuvent se faire à la face antéroexterne de l’avant-bras ou à la jambe. Nous les avons toutes pratiquées à l’avant-bras de façon à nous trouver toujours dans les mêmes conditions d’expérimentation puisque nous avons vu que dans certains cas, les résultats pouvaient être différents au membre supérieur et au membre inférieur. Ïl est bon de pratiquer deux injections, une à chaque bras pour pouvoir comparer. Chevallier et Stiffel recommandent chez les œdémateux de ne pas injecter dans le derme des membres enflés,
car l’eau tissulaire est sous pression et chasse immédiatement le liquide introduit.
Ces injections doivent être naturellement pratiquées avec les précautions asepliques habituelles. li est préférable de ne pas employer la teinture d'iode mais plus simplement l’acool qui, ne colorant pas la peau, permet mieux d'apprécier les caractères et la disparition de la petite élevure. Lorsqu'on a préalablement nettoyé la région à l'alcool, il faut attendre un temps suffisant pour que celui-ci soit complètement évaporé.
Ce sont là des détails, des petites précautions à prendre qui ont cependant une certaine importance pour la bonne réussite de l'expérience. Il est bon également d'employer des aiguilles à biseau très court et d’un très petit calibre pour que le liquide injecté ne s'écoule pas par l'orifice d'entrée de l'aiguille.
L’injection doit être pratiquée dans lépaisseur même du derme; il faut donc une certaine précaution étant donnée la facilité avec laquelle on arrive dans le tissu cellulaire sous cutané, ce qui fausserait les résultats. L'’aiguille doit être enfoncée assez superficiellement pour que la pointe soit visible à travers la peau. Il se produit alors, lorsqu'on pousse l'injection, une petite élevure locale, circonscrite, d’un blanc de neige et sur laquelle se dessinent très nettement les pores de la peau. On doit avoir ainsi l'aspect con-
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nu de la peau d'orange. Autour de la petite élevure se forme souvent une zône érythémateuse qui est d’ailleurs variable suivant les sujets.
L'injection ne peut être considérée comme bien faite que si elle présente ces caractères ; toute injection qui ne les présente pas doit être considérée comme étant sous-cutanée et comme donnant par suite des résultats erronés; la résorption dans le tissu cellulaire sous-cutané étant beaucoup . plus rapide.
L'élevure locale ainsi produite persiste un certain temps. C’est précisément ce temps qui est intéressant à noter et qu'il s’agit d'évaluer. Il faut donc saisir le moment où la boule d'oœdème a complètement disparu. C'est là encore un point délicat et qui demande une certaine habitude. On y arrive assez aisément si l’on prend la précaution d'associer à la vue une palpation digitale légère. Cette palpation a pour avantage de permettre, avec une certaine habitude, de faire la discrimination entre. la légère surélévation traumatique produite par l'introduction de l’aiguille et l’élevure due à l'injection saline.
Toutes ces précautions sont nécessaires à une technique précise et cependant, dans certains cas, la détermination exacte du temps de disparition de la petite boule d’œdème proprement dite reste difficile. Dans ces cas douteux, il est alors indiqué de faire suivre les résultats d’un signe de doute
ainsi que le font Aldrich et Mac Clure qui emploient le signe +. D'ailleurs, ces cas douteux ne peuvent jamais constituer qu'une erreur de quelques minutes, ce qui est peu de chose si l’on considère que normalement l'élévation produite disparaît en une heure environ et même plus alors que dans les cas pathologiques elle disparaît en quelques minutes seulement et parfois même en quelques secondes.
Lorsque l’article consacré au test cutané d’hydrophihe par MM. Marcel Labbé, Violle et Azerad parut dans la Presse Médicale, M. le Docteur Levant eut l’idée d'étudier ce test chez la femme enceinte et nous proposa de faire cette étude. Puisque cette épreuve permet de déceler un état préœdémateux, il paraissait intéressant de rechercher si, chez la femme enceinte, il n'y a pas une tendance œdémateuse tout particulière.
Il est en effet extrêmement fréquent d’observer des femmes qui présentent des œdèmes au cours de la grossesse. Ceux-ci se produisent à toutes les périodes de la gravidité; mais 1ls sont plus habituels pendant les derniers mois, du 6° au 9°.
Ordinairemert, ils dépendent d'une affection cardiaque, d’altérations des reins, de varices, de compressions des organes du bassin par un uté-
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rus anormalement développé; d’auto-intoxication par insuffisance hépato-rénale.
Mais, il est des femmes qui n’ont aucune affection cardiaque, dont les urines sont absolument normales, sans traces d’albumine, dont les reins fonctionnent normalement; qui ne présentent aucune des causes que nous venons d’énumérer et qui cependant font des œdèmes. Parfois même ceux-Ci, très prononcés, sont généralisés et s’étendent aux membres supérieurs. Il arrive en effet assez fréquemment qu'une femme enceinte est frappée de ce petit fait : une bague qui entrait et sortait très facilement d'un doigt devient tout à coup plus diffcile à enlever : il y a un certain degré de gonflement des mains. Or, si parfois on a pu invoquer la compression des vaisseaux iliaques par la tête fœtale pour expliquer l'apparition des œdèmes aux membres inférieurs, il est impossible d'admettre que c'est cette compression qui occasionne le gonflement des mains. Et, même dans les cas d’œdèmes localisés aux membres inférieurs alors que ceux-ci ne présentent pas de varices, il semble impossible d'admettre toujours une compression des vaisseaux par la tête fœtale. Bien souvent, ainsi que cela se produit d’ailleurs chez les mullipares jusqu'à une période très avancée; on peut même dire jusqu'à la période ultime, la tête reste très mobile et ne comprime certainement aucun organe,
Les causes habituellement invoquées pour expliquer ces œdèmes de la femme enceinte paraissant insuffisantes dans tous les cas, M. Levant s’est demandé s'il n’y aurait pas chez toute femme en état de gestation une avidité particulière de son organisme pour l’eau, résultant des modifications à la fois d'ordre physiologique et d'ordre pathologique déterminées par la grossesse. Cette soif d’eau des tissus mise en évidence chez la femme enceinte pourrait alors expliquer la fréquence des œdèmes observés chez celle-ci.
L'æœdème n'est en effet, ainsi que l'ont fait remarquer MM. Marcel Labbé et P. 1. Violle, qu'une modification de l’état d’hydratation normal de l'organisme ; il n’est qu'une augmentaton du liquide interstitiel qui existe normalement dans les mailles du tissu conjonctif et les séreuses. On peut se demander si la grossesse ne détermine pas dans l'organisme de la femme un déséquilibre humoral qui, lorsqu'il s’est produit, entraîne une modification des propriétés hydratantes des humeurs.
Le but de nos recherches a donc ét6 de voir au moyen du test de Aldrich et Mac Clure si Les tissus de la femme enceinte présentent une appé: tence toute particulière pour l'eau.
Nous avons pratiqué ce test à la Maternité de la Charité dans le service du Docteur Levant que nous ne saurions encore trop remercier non seu-
= lement de nous avoir inspiré le sujet de cette thèse, mais encore de nous avoir laissé toute liberté pour * travailler dans son service.
Nous avons recherché des femmes enceintes qui paraissaient absolument normales parmi celles , qui se présentaient à la consultation ou pose qui se trouvaient au dortoir. |
‘à Nous allons maintenant envisager les résultats obtenus :