‹ Le Testament d'un LatinChapitre 112 sur 168 · DE L'AVENIR DES PEUPLES QUI N'ONT PAS LA FACULTÉ D'ÊTRE LIBRES · texte numérisé non relu

DE L'AVENIR DES PEUPLES QUI N'ONT PAS LA FACULTÉ D'ÊTRE LIBRES

Qu'on ne dise donc pas que la liberté est le couronnement de l'édifice social ; je ne pense pas que jamais erreur plus solennelle ait été débitée aux peuples qu'on voulait endormir dans la servitude.

La libei lé est à la base de l'ordre social, car elle est la condition même de la vie dans les sociétés modernes; elle est pour elles l'unique instrument du progrès; une fois constituées sur ce principe inébranlable, elles n'ont plus qu'à s'occuper de leur développement régulier.

C'est grâce à elle qu'elles regardent en face les problèmes qui les agitent, les maux qu'elles endu-

|;AYENIP. des peuples qui >E seront pas libres. 261

rent encore, qu'elles ont le courage de les combattre et le moyen de s'en débarrasser.

Ces sociétés sont les seules qui fassent qaeli{uo cliose, car ce n'est pas faire quelque cbose que de végéter, et pendant qu'elles progressent, les peuples qui ne sont pas libres demeurent slationnaires, et leur immobilité équivaut à un recul vers le passé.

Bien plus, n'ayant pas la faculté d'élre libres, ils n'ont pas davantage la faculté de s'associer, et comme l'associalion est l'unique solution de la question sociale, ils portent éternellement cette question en eux, sans la résoudre, jusqu'cà ce qu'enfin elle les perde.

Toujours en présence du mal qui demande impérieusement un remède, ils sont sans cesse menacés de la guerre sociale qui fut la maladie éternelle des républiques de Grèce, et de toutes les sociétés démocratiques anciennes qui n'avaient point réalisé la justice ou n'étaient point entrées dans la voie qui conduit à sa réalisation ^

* Qu'on y prenne garde ; les événements auxquels nous assistons, ces successions de despotismes et d'anarchies , ces révoltes qui n'ont d'autre mobile que la haine , d'autre but que la destruction, ne sont déjà plus des faits de la guerre civile, mais des faits de la guerre sociale, de la guerre des classes. Ce n'est plus seulement à l'égalité ni à la liberté civiles et politiques que visent

'-^f^S LE TESTAMENT D'UN LATIN.

Sans doute, dans nos temps, les peuples se mêlent et se pénètrent les nns les autres, et il f^iut tenir compte de ce fait. Tous les peuples sont solidaires; si les plus avancés sont quelquefois retenus dans leur marche par l'influence de ceux qui le sont moins, ils peuvent aussi hâter la marche de ceux-ci.

La liberté est conlagieuse, si elle existe chez un peuple, elle agit Aivorablement sur ceux qui sont en contact avec lui; c'est pourquoi Montesquieu a dit qu'il fallait au despotisme des déserts pour frontières, et B. Constant* : « Pour étouffer la liberté de la presse, il a M\u mettre un mur d'ai- ^^ rain entre nous et l'Anglelerre. »

L'influence des pays constitués librement se fera donc sentir sur les autres, les préservera d'une ruine immédiate en leur communiquant un peu de la vie qu'ils ont eux-mêmes, jusqu'à ce que, se développant toujours et les autres dépérissant toujours, ces derniers soient anéantis par les premiers.

Les peuples qui ne sont pas destinés à être libres tendent donc aussi à dépouiller la forme an-

les révoltés , mais à Tégalité matérielle, au nivellement par la force. (Mai 1871.) 1 Esquisse d'une Constitution, Pol. coud., t. I. p. 261.

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