LA GUERRE CONTRAIRE AUX TENDANCES MODERNES
peut plus l'être. La vieille politique, encore représentée par quelques hommes, repose sur cette donnée, que les peuples sont toujours en antagonisme, qu'ils doivent donc veiller attentivement les uns sur les autres, prendre garde que l'un d'eux ne se développe pas plus qu'il ne convient, et, s'il le fait, courir aux armes et l'écraser.
Cette politique pèche par la base: les peuples ne peuvent que gagner à leur prospérité réciproque; la solidarité de leurs intérêts est démontrée aujourd'hui non moins que la fraternité qui les lie ; il n'y a donc pas d'hostilité naturelle et fatale entre eux pas plus qu'enlre les diverses provinces d'un même pays ; ils n'aspirent qu'à se mêler et trafiquer ensemble pour le profit commun.
La politique dont je parle est celle des rois, non des peuples, et le jour où les peuples auront en main leurs intérêls, les comprendront et les gouverneront eux-mêmes, ils cesseront de nourrir ces rivalilés, qui n'ont leur cause que dans l'ambition de leurs maîtres ; une entente directe, facile, allant de soi , remplacera les œuvres louches de la diplomatie; les traités de paix qu'ils feront ne seront plus « les fourreaux du glaive de la guerre \ » Enfin ils ne se battront plus.
* Jean-Paul.
Telle esl la tendance de l'esprit moderne. On ne trouve plus en lui cette sublime élévation, que Plutarque ' attribue àPbilopœmen : « Il a élé l'un des bommes du monde, qui a le plus estimé l'art militaire... tellement, qu'il avait en mépris el déseslimait ceux qui ne s'en mêlaient point , comme gens qui n'étaient bons à rien faire. »
« Celle répugnance pour les armées permanentes, » dit M. Laboulaye^ est le fond de l'esprit anglo-saxon. On voit qu'en Australie il n'y a pas de soldats.
Ainsi l'amour et le soin de la paix sont déjà passés dans les institutions de certains peuples, qui, sentant l'incompatibilité de la guerre avec leurs intérêts, se sont affranchis à jamais de son servage barbare. Il en est d'autres qui continueront à faire la guerre, tant que leurs maîtres voudront, et je crains qu'ils ne veuillent toujours ; il faudrait renvoyer les maîtres , c'est là le point.
Les armements engendrent la guerre, le désarmement ne se fera que lorsque la paix aura été assez longue pour mêler entièrement les intérêts, les peuples et cimenter leur solidarité, de telle sorte
^ Vie de PJiilopœmeti.
* Histoire des Étols-Unis.
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qu'une guerre serait In ruine delà civilisation générale.
On peut dire que si la guerre anéantit la liberté, seule la liberté, en laissant les peuples diriger eux-mêmes leurs destinées, leur permettant de s'inspirer de leurs vrais intérêts, rendra la paix et la sécurité durables, en rendant la guerre impossible; et je suis luimilié d'avoir à répéter ces vérités vulgaires.