CHAPITRE XXIII
L'individu a des droits qui naissent de sa réunion à d'autres individus dans la Commune et de l'identité de ses intérêts et des leurs.
Les libertés communales se résument dans la faculté, pour les intéressés, de faire administrer ces intérêts par des représentants qu'ils choisissent.
Octrois, immeubles, finances, et la police qui est essentiellement municipale, parce que son action est soumise aux différences locales des usages et des mœurs, toutes les choses qui sont de la compétence de l'être collectif qu'on appelle Commune doivent être régies par lui et sans l'intervention de l'État.
On ne peut, sans quelque surprise, voir des
hommes capables méditer pendant des années sur le point de savoir comment les maires doivent être nommés; consultez la pratique et l'exemple des peuples libres chez qui les institutions, qu'ailleurs on est encore réduit h désirer, fonctionnent déjà depuis assez longtemps pour qu'on les juge. 11 ne s'agit que de faire choix du système qui convient le mieux à nos mœurs, et de le modifier en l'appliquant.
La liberté, au nombre de ses puissances, a celle de se constituer aisément et sans efforts savants, suivant les besoins de ceux dans les âmes de qui elle est entrée. Aussi faut-il avoir l'audace de ne pas s'embarrasser d'avance dans les questions de détail qui pourront naître.
Il semble qu'il doit suffire de proclamer le principe de l'indépendance communale et que son application viendra de surcroît, sans qu'il y ail lieu à tant et de si beaux discours.
Faites que la commune vive, et je laisserai aux habiles à discuter comment son maire doit être élu, et où il faut mettre le conseil immédiatement supérieur au sien.
Ce sont là des points graves, sans doule, mais qu'il est puéril d'agiter et pour lesquels il serait sot de se brouiller tant qu'on n'a pas conquis le
principe pour lequel on combat et dont tout le reste dépend. INe vous attaquez pas aux insectes tant que les grosses bêtes sont dans le champ. On dirait la manie de gens qui veulent se faire à euxmêmes illusion sur l'importance de leur rôle, et qui feignent de s'occuper de ce qui importe assez peu pour se consoler de ne pouvoir rien de ce qui importerait davantage.
La commune est, par la nature des choses, la molécule .politique, le premier groupe; poiu" que la vie politique existe et qu'elle circule, il faut d'abord que les individus soient libres et vivants, et qu'ils agissent comme tels dans ce premier cercle d'action qui s'ouvre devant eux.
Le soin de quiconque voudrait régénérer le pays par la liberté devrait donc être de retirer des mains du pouvoir central ce qui est du domaine communal ou du domaine individuel. Ce serait là l'indispensable commencement de toute réforme sérieuse.
Les révolutions qui, avant de songer à la réforme politique ne songent pas à établir la liberté civile et communale, n'aboutissent qu'à des changements d'hommes et de décors sur la scène où le despotisme ne tarde pas à revenir s'asseoir.
On s'étonnerait de ces procédés, si on ne savait
combien la centralisation est un admirable instrument de domination et combien il est agréable et commode, pour ceux qui tiennent à régner, de le trouver tout préparé.