LES CONJURÉS
[ous!
BRUTUS
Mettez donc alors une main dans ma main.
CIMBER
Oui , Bi'utus! et jurons d'accomplir notre t^che !
lUO Li: TESTAMENT DF: CiiSAK.
BRIÎTIS.
Poinl (le scrmonts! ils sont inutiles an lâche
('omme à l'IiommB de cœur! Si les plus saints contrais.
Foulés aux pieds dans Rome avec nos magistrats;
Si la chose publique , édifice qui tombe ;
Si nos libres aïeux s'indignant dans leur tombe;
Si tous ces pleurs de rage et tous ces cris plaintifs
Sont pour frapper César de si faibles motifs
Qu'il faille encor chercher, ployant sous les outrages,
De plus solides nœuds pour lier nos courages;
Si , lorsque nous devons marcher résolument
Dans la route qui mène à l'accomplissement,
De grands mots à la bouche et rien au cœur, nous sommes
De fîintasques enfants, au lieu d être des hommes , — , . .
Cachons-nous, et, tremblants, mornes, le front courbé.
Laissons Tarquin debout sur le peuple tombé!
Au contraire, nous tous, débris de tant de guerres.
Si nous sommes, non pas des conjurés vulgaires.
Mais de bons citoyens indignement trahis ,
Dont la vertu consiste à sauver leur pays;
Des hommes vraiment forts, purs de toute rancune ,
Qui n'eurent point de haine, ou n'en gardent aucune.
Et qui, sacrifiant leurs intérêts privés,
Brisent les fers de Rome avant qu'ils soient rivés :
Alors, jusqu'à ce jour nous qui temporisâmes.
Ne faisons retentir de serments qu'en nos Ames ,
Sûrs qu'à l'instant marqué Rome pourra nous voir.
Exécuteurs pieux , remplir notre devoir !
Laissons jurer ceux-là qui, dans leur cause injuste,
S'abritent du serment comme d'un voile auguste!
A(.TK III . SCKNK VI. !01
Qu'ils jurent sans tenir! — Ne jurons pas, amis; (Miarun de nous tiendra tout ce qu'il a promis!
Krapperons-nous César sans frapper aucun autre?
CASSIUS
Il faut, — c'est mon avis, disons chacun le nôtre, — Que Marc-Antoine , ami de César, son bras droit, Périsse avec César et tombe au môme endroit!
BRUTllS.
Laissez-moi vous parler : faut-il que l'on nous voie Entrer profondément dans la sanglante voie? trest assez d'un cadavre, amis, et d'un linceul : César est condamné ; qu'il meure donc , mais seul ! A l'esprit de César si nous pouvions atteindre Sans passer par ce cœur où nos fers vont se teindre, . L'esprit seul est coupable, on le tuerait alors!... iMais pour tuer l'esprit, il faut tuer le coips! Loi sévère et fatale, et pourtant c'en est une! Puisqu'il le faut, tuons César et sa fortune... Frappons, mais sans colère, avec tranquillité, (^omme ferait la main de la Nécessité ! — Alors devant le monde et l'avenir immense , (iai' l'immortalité [)Our nous déjà commence, Nous serons, remettant nos glaives aux fourreaux, Des sacriiicateurs, et non pas des bourreaux! — Antoine, c'est le bras de César; mais cpi'imporle? Le bras ne peut plus rien lors(pie la tète est morte!
THÉBOINIUS.
Eh bien! il sera fait , Hrutus, comme tu veux.
Qu' Antoine eu pleurs s'arrache à deu \ mains les cheveux
Sur le corps de César qu'il aime , — c'est possible : Les hommes de plaisir ont le cœur très-sensible I... Mais la rose bientôt se mêle aux noirs cyprès. Antoine va gémir d'abord : huit jours après, Ivre , et se consolant comme un fils du Bosphore, Antoine embrassera la gigantesque amphore.
CIMBER
Antoine vivra donc?
BRUTUS
Qu'il vive !
CASSIUS
Quel péril !
CIMBER
César tombera seul ; mais quand tombera-t-il ?
CASCA
Les dieux même ont fixé le jour : pendant la fête Vous avez entendu cette voix de prophète , Lorsque le dictateur descendait de son char : « Crains les ides de mars! » cria-t-elle à César.
BRUTUS
Dieu vengeur! dans ce mois guerrier où tu présides. 0 Mars, nous adoptons le jour sacré des ides. En ce jour-là , d'ailleurs , un sénat déloyal , Enveloppant César dans le manteau royal , Veut lâchement baiser la main qui nous opprime : La peine au vol rapide, amis, suivra le crime!
CIMBER
Est-ce là votre avis, Brutus?