BRUTUS, CÉSAR
BRUTUS
Sois le bienvenu, César, dans ma demeure.
CÉSAR
Tu m'as prorais, Brutus, une réponse. Eh bien?
BRUTUS
.le vais le la donner.
CÉSAR
Voilà pourquoi je vien.
BRUTUS
Merci , César !
CÉSAR , voyant le livre de la République.
Mon àme est pleine d'allégresse !
Brutus s'est inspiré du sage de la Grèce ; Et ce livre, tracé par l'immortel crayon, Est comme le soleil au sublime rayon.
Oh ! je le savais bien , quand lu lirais ces pages , Lumières des sénats et des aréo[)ages, le savais bien , ami, qu'à de certains portraits,
Indigné, frissonnant, tu les reconnaîtrais Ces cruels échansons, ministres de colère, Qui , d'une main perfide , au banquet populaire Versent la liberté toute pure. . . poison Qui monte, furieux, du cœur à la raison!
RKUTL'S.
Oui , la foule orageuse au moindre éclair s'allume ! . . . Mais vois à quelle page est ouvert ce volume , Et tu reconnaîtras aussi qu'il nous apprend A quel signe l'on peut distinguer un tyran.
CÉSAR
Toujours des mots ! voilà le langage ordinaire : Tyran ! Est-ce un tyran bien dur, bien sanguinaire , Que celui, cher Brutus, qui , dans sa bonne foi , Vient chez son ennemi comme je viens chez toi ; Et qui te dit : « Voyons , que ta bouche révèle « Les souhaits de ton cœur? Quelle faveur nouvelle « Exiges-tu ? »
BKUTUS.
Jamais Brutus n'en exigea.
Mais si pour moi César n'a que trop fait déjà, Rome lui dit qu'un joug n'est pas une tutelle ! . . .
CÉSAR
Quoi ! Rome est-elle à plaindre, ou Rome se plaint-elle ?
Penché sur l'océan des populations,
Je prête en vain l'oreille aux lamentations ;
Et je n'entends monter vers moi que ces rafales ,
Universel écho des clameurs triomphales !
BRUTUS
Oui, la (ouïe sans cœur qui loujoin.s vacilla