‹ Le Testament de M. de CracChapitre 16 sur 32 · SCÈNE VIII CAPOULADE, CHICORAT · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII CAPOULADE, CHICORAT

CHICORAT.

Vous lui avez fait peur et à moi aussi.

* Chicorat, <;apoulade, Thibautic.

** Chicorat, Capoulade.

1)K iM. DU CUAC 31

Qu'elle aille au diable!... Tous les gens a (jui je veux donner de l'argenl, soit comme dettes, soit comme munificence, se sauvent tous quand je vais pour m'exécuter.

CHiCÙKAT.

C'est qu'ils croient saiis doute que ce sont eux que votis voulez exécuter.

CAPOULADE

On m'a volé tant de fois ma bourse, que j'ai pris le parti de la remplacer, comme vous voyez. Depuis ce temps, j'ai beau être prodigue et magnifique comme il est de tradition dans ma famille, il me reste toujours la même somme.

CHICORAT.

Je crois pouvoir vous prédire qu'elle vous restera longtemps.

CAPOULADE, ù part.

Je l'espère bien,

CHlCORAT.

Mais est-il vrai que vous soyez un de Crac?

CAPOULADE, avec un air tragique,

Tout autre qu'un officier ministériel l'éprouverait sur l'heure.

Il met lu main h son sabre.

ClilCORAT.

Pardon, je n'ai pas eu l'intention...

CAPOULADE

J'accepte vos excuses... Je suis Jean-Baptiste-Nicolas-Narcisse-Barnabé de Gapouladc, baron de la Gosse, chef de la branche cadette des sires de Crac.

Il passe à guuche.

n \M TESTAMENT

rniCORAT, à pnrt.

Ah! l'autro est de la branche aînée, celui-ci de la branche cadette. »

CAPOULADE

Je suis ce terrible chasseur, la terreur des forêts, dont vous avez ouï parler évidemment. Si vous ne me voyez pas mon cor de chasse, c'est qu'hier j'ai soufflé dedans d'une façon si formidable qu'il a volé en éclats.

CHICORAT.

Est-ce que vous êtes celui qui avait mis un noyau de cerise dans son fusil, qui a tiré un cerf entre les deux cornes... et il lui est poussé un prunier ?

CAPOULADE, lui tendant la main.

Touche là... C'est moi-même.

CTIICORAT.

Vraiment ! Ah ! c'est vous qui êtes la terreur des forêts.

CAPOULADE

Des forêts et même de quiconque à l'outrecuidance de mo molester; ainsi, hier soir, je rentrais chez moi sans méfiance, lorsque je fus assailli par sept Russes dont un Turc. ..

CHÎCORAT.

Ça fait huit.

Non, sept. Et le Turc?

Sept.

CAPOULADE

CHICORAT.

CAPOULADE

CHICORAT.

Alors six Russes et un Turc.

CAPOULADE

Non, sept Russes : le Turc s'était fait naturaliser avant In guerre.

DE M . I) i: C K A C

CTIICORAT.

Ah! (a pnrt.) Jn n'y comprends rien du tout.

CAPOULVOE.

Ces bandits me chari^ont; je veux tirer mon sabre, ils m enlèvent la lame, et je ne lire... qu'une déception...; heureusement je ne perds pas la boule; j'as>îomme le premier d'un coup de poing, le deuxième d'un coup de pied, et, m'emparant de son sabre, d*iin seul moulinet je démo'issix Russes; malheiireusomcnt mon sabre se brise et je me trouve désarmé en face du dernier Cosaque qui m'attendait, la lance en arrêt.

CHICORAT.

J'en ai la chair de poule.

Sans hésiter, j'écarte sa lance de la main gauche, et de la droite j'allonge A mon brigand une giroflée qui lui fait voir trente-six mille chandelles; je me retourne, mon Cosaque, il les mangeait.

CHICORAT.

Les chandelles ?

CAPOULADE

Les chandelles.

CHICORAT.

Les trente-six mille?

CAPOULADE

Les trente-six mille.

CHICORAT, A pnrt.

Plus fort que l'autre! (unut.) Il n'y a pa«i à douter, vou^;

Ôtes bien un de Crac ; mais quel est, s'il vous plaît, voire degré de parenté avec le cher défunt ?

CAPOULADE

Le trente-cinquième degré au-dessous de zéro...

CHICORAT.

C'est raide.

CAPOULADK .

Par les oncles à la mode de Gaen.

GHICORAT .

Tiens! il y a aussi des oncles à cette modo-lâ?

CAPOULADE

Mais que viens-je d'apprendre? Un héritier aurait déjà eu l'audace dé se présenter ?

CHICORAT.

En effet.

CAPOULADE

C'est un faux de Crac.

CHICORAT.

J'ai peur que non; i! m'a dit des choses si invraisemblables! Il paraît qu'il a dormi plus de deux Cents ans.

CAPOULADE

11 ne fallait pas le croire,

CHICORAT.

C'est ce que j'ai fait; mais il faut respecter les traditions de la famille.

Dli M. I)Ej:HAC v>

CAPOULAOK.

Respectez; mais il ne fallait pas le croire.

ClilCORAT.

D'ailleurs, comme le (iéfant baron a mis |)our condition que l'héritier épouserait ma fille.

CÂPOULADE.

Je l'épouse, moi, sans la voir, ça m'est égal.

CHICOftAT.

Monsieur, votre demando'm'honore, mais il me paraît difficile que ma fille épouse deux héritiers en même temps ; si c'était l'un après l'autre, je ne dis pas.

CAPOULADE

Eh bien, je commencerai; s'il refuse, je le tue. -le n'admets pas de rivalité. Mes rivaux, je les s upprimo avec cela, (Il

montre son sabre-)

CHICORAT.

Brrr !

CAPOULADE

Elle en a supprimé bien d'autres. Pendant trois ans, sans m'arrêter, j'ai traversé avec cette épée...

CHICORAT,

Quoi donc?

CAPOULADE

Toute l'Europe.

CHICORAT.

ïrès-forte, la branche cadette (voyant entror isoiin). Ah! voici la branche aînée... Il faut que je lui parle de la fusion (ils

causent bas.)

36 LE TEtJTAMExNT

SG^ÈNE IX Les mêmes, ISOLIIS*.

ISOLIN , à part.

Sans la bonne qui ni'a appris que les de Crac purlaicnt belge et avaient un signe, j'étais confondu, (u s'avance.)

CAPOULADE

Tiens ! un masque !

CHICORAT.

C'est riiérilier.

ISOLIN, accent belge.

Qu'est-ce que c'est, tils, qu'on me disait qu'il y avait un individu qui se faisait passer pour un de Crac, pour une fois, sais-tu?

CAPOULADE

C'est ce carnaval qui me dispute l'héritage! Avec ce baragouin !

ISOLIN, ù part.

Oh ! sapristi ! il a l'accent gascon, et cette cruche de bonne qui me dit...

CHICORAT.

En effet, vous avez l'accent belge, je ne l'avais pas remarqué.

ISOLIN.

C'est pas étonnant ça, monsieur, je vas te dire, c'est d'avoir mangé des choux; tout le monde sait que c'est les choax qui donnent l'accent.

J'en mange tous les jours et...

* Capoulade. CliicuiMt. Isulin.

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