‹ Le testament du p. LacordaireChapitre 5 sur 14 · GO · texte numérisé non relu

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lutte, noire silence même aura sa force et sa dignité. Le temps n'était pas avec nous, laissons-le couler. Nos pensées germeront dans les esprits, elles y prendront la forme calme que nous n'avons pu leur donner, et un jour, peut-être bientôt, nous morts ou nous vivants, nous verrons notre parole renaître de ses cendres, des écoles s'ouvrir librement, des religieux s'établir sur tous les points de notre sol, des conciles provinciaux s'assembler, et l'antipathie du pays contre nous se changer en ce bon vouloir dont Dieu et l'homme ont besoin toujours et qui est la porte véritable de toutes les libertés. Il n'est pas besoin d'aller à Rome pour cela; notre chute même, en satisfaisant nos ennemis, leur ôtera un grand ressort, et plus elle sera profonde, plus elle hâtera peut-être le jour oià tout ce que nous avons voulu se réalisera. Se taire et souffrir, ce sont des armes moins éclatantes que la parole, mais qui comme elles ont été trempées dans réternilé. »

Au lieu de cette réponse, qui eût été celle d'un sage, M. de la Mennais accepta sans hésiter ma proposition : (c Oui, me dit-il, il nous faut partir pour Rome. »

Cette résolution fut annoncée au public dans le dernier numéro de r Avenir^ sous la signature de tous les rédacteurs et avec une pompe où les promesses de soumission se mêlaient singulièrement aux derniers accents de notre exaltation de journalistes. Nous nous

mîmes en route, M. de la Mennais, M. de Montalembert et moi, comme trois soldats foudroyés par la guerre et allant chercher sous le toit paternel le repos des combats.

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