‹ Le Texte de la Nouvelle Héloïse et les éditions du XVIIIe siècleChapitre 18 sur 39 · ÉDITIONS DU XVIII*^ SIKCLK · texte numérisé non relu

ÉDITIONS DU XVIII*^ SIKCLK

Rousseau en reçut les feuilles imprimées et écrivit à de La Porte le 22 janvier 1764 : «Je n'y ai rien trouvé qui ne confirme la satisfaction que j'avais de voir cette entreprise sous votre direction». Mais il a toujours insisté pour que le public fût prévenu que « non seulement cette édition n'est pas faite par l'auteur, mais qu'il ne s'en est pas mêlé.» Le i 2 février 1 764, il répète qu'il ne doit ni ne veut reconnaître l'édition pour sienne, le 2 décembre 1764 et le i 2 septembre i 765, qu'il n'ignore pas qu'elle est fautive ^

La Nouvelle Hélo'ise fut couramment vendue à part. Les volumes ne portent aucun faux-titre qui les rattache, comme il arrivait d'ordinaire pour les éditions de ce genre, aux Œuvres complètes. L'impression en fut particulièrement défectueuse. Rousseau s'en plaignit sans doute. Dans tous les cas Guy lui écrivait le i5 août 1764^: «Il n'est guère possible qu'il y ait des livres sans qu'il ne s'y trouve des fautes d'impression, plus ou moins, et qui font souvent des contre-sens épouvantables. Cela n'est arrivé malheureusement que trop à la Nouvelle Hélo'ise. M. l'abbé de Laporte n'a pu y veiller, parce qu'elle n'a pas été imprimée ici. Des raisons d'amitié pour un confrère de province qui nous harcelait pour en faire l'édition [sic]. Nous avons été assez simples pour y consentir, aussi nous ne sommes pas à nous en repentir [sic]. Heureusement que l'édition n'est pas bien considérable.» On n'avait tiré en effet, comme Guy l'annonce le 12 février 1763, que 700 exemplaires

' Œuvres XI, p. 114-113, 14, i5, 119, 177. — Lettre de de La Porte (à la Bib. de Neuchâtel), du 12 décembre 1764. 2 Lettre de la Bib. de Neuchâtel.

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du format in-8^^ Guy et Duchesne craignaient en effet que l'écoulement n'en fût difficile, par la concurrence des éditions de Hollande et des contrefaçons.

L'édition du roman s'annonce comme « revue, corrigée et augmentée de figures en taille-douce et d'une table des matières». U' Avertissement général de l'édition prévenait en même temps que les éditions précédentes étaient « si défectueuses qu'elles ont excité les justes plaintes de l'auteur, qui les désavoue. » L'aveu de Guy lui-même montre que, pour la Nouvelle Héloise tout au moins, la révision a dû être quelque peu nonchalante. Elle se borne en fait à tenir compte de l'errata publié par Rey et déjà utilisé par l'édition de Paris. Par contre un grand nombre de modifications sont imposées au texte de Rousseau. Chaque lettre est précédée d'un sommaire assez détaillé, reproduit en table des matières. Nous avons vu que Rousseau avait accepté la table des matières. Un grand nombre de titres de lettres sont modifiés et détaillés*. Ces titres nouveaux dans lesquels Rousseau n'est pour rien se transmettront fidèlement à presque toute les éditions postérieures. Rousseau, d'ailleurs, les a laissés subsister dans les exemplaires annotés. La division en six parties n'est pas respectée et les lettres sont numérotées suivant les quatre volumes.

Les altérations de détail, volontaires ou d'inadvertance, sont assez nombreuses. On y retrouve dix des va-

1 Lettre à la Bib. de Neuchâtel.

2 Exemples : (IV, 4) de M. de Wolmar à ramant de Julie au lieu de : de M. de Wolmai- — (IV, 5) De M""* d'Orbe à ramant de Julie (Dans cette lettre était incluse la précédente) au lieu de : De M"" d'Orbe {Et dans laquelle était incluse la précédente.)

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riantes de notre tableau, une en 1, trois en II, six en m, dont quelques-unes sont assez fâcheuses. Le texte : « ...qui supplée à la réalité — Qui vaut mieux, peutêtre...» est déjà modifié en « ; qui vaut mieux...»

L'édition comporte deux estampes nouvelles, « un dessin général de tout l'ouvrage pour mettre à la tête du premier volume de THéloïse», «un nouveau dessin pour remplacer le douzième qui n'a jamais trop convenu.» Gu}^ annonce ces deux estampes à Jean-Jacques, le 12 février 1 763 ^ Il voulait les tenir secrètes, comme il récrivait à M. de Malesherbes, pour en faire la surprise à Rousseau. Mais le secret se répandait. Le frontispice est un Prométhée de Cochin, allégorie assez obscure. La nouvelle estampe de Gravelot, Julie se jetant dans le lac, est substituée à celle de Julie sur son lit de mort. Guy envoie l'épreuve le 23 avril 1763. Rousseau s'en plaignit assurément car Guy s'excuse le 1 o mai. Rousseau insiste le i 5 octobre : « L'attitude de Julie y est guindée, insupportable ; on dirait qu'elle va faire un pas de rigodon». Le 3i décembre, Guy répond qu'il a multiplié les recommandations et qu'on a retouché la gravure plus de dix fois^. Rousseau, dans tous les cas, ne désarma pas, et il annote ainsi dans l'exemplaire de Genève : a Cette froide et ridicule estampe avec ce pied de Julie en Fair, comme pour danser, a été ajoutée à mon insu, je ne sais par qui ni pourquoi, et n'est point dans les premières éditions. »

XV. Bibliothèque Nationale. Réserve Y^ 1644-164'/.) La Nouvelle | Heloise, | ou | Lettres \ de

* Lettre de la Bib. de Neuchàtel.

2 Lettres de Duchesne (Neuchàtel), du 23 avril 1763, 10 mai, 20 juin, 3i décembre. — Rousseau : Œuvres: XI, p. 89.

deux Amans, | habitans \ D'une petite Ville au pied des Alpes : | Recueillies et publiées | Par J.J. Rousseau | Nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée | de Figures en taille douce, et d'une Table^ | des Matières. | Tome I \ Non la conobbe'l mondo, mentfe l'ebbe : | Conobbil'io ch'a Pianger qui rimasi. | Petrarc. | ANeuchâtel \ Et se trouve I A Paris \ Chez Duchesne, Libraire, rue Saint- Jacques^ I au Temple du Goût. | MDCCLXIV\\ in-8^

Avis du Libraire sur cette édition : pp. iii-iv — ■ Préface: pp. 1-5 — Avertissement sur la Préface suivante : p. 6 — Seconde préface : pp. 7-62 — Lettres : pp. 63-398. Table des matières : pp. 399- 408 — T. IL (Pas de cartouche ni de vers de Pétrarque). Lettres: pp. 1-398. Table: pp. 399-405

— T. III (Pas de cartouche etc..) Lettres : pp. i- 429. Table : pp. 430-432 — T. IV (Pas de cartouche etc..) Lettres : pp. 1-331. Table : pp. 332-336

— Sujets des estampes; pp. 337-362 — Prédiction etc.. : pp. 363-378 — Approbation et Privilège : pp. 379-382.

Bonnes estampes de Gravelot.

Il y eut sans doute un tirage in- 12 de cette édition (Cf. les lettres de Rousseau à Guy du 6 mai et à Duchesne du 20 juillet 1764.) La Bibliothèque Nationale possède^ une Collection des Œuvres de format in-r2, identique à la collection in-8^ dont fait partie Texem-

' Z. 36149 et suiv.

plaire décrit de la Nouvelle Héloise, Mais la Nouvelle Héloise manque.

B. Edition de 1^64 (ijjo.)

Les sept-cent cinquante exemplaires in-8°, et peutêtre les exemplaires in- 12 tirés en 1764 s'épuisèrent sans doute. Les rayons de Duchesne se trouvèrent dégarnis et les Collections d'Œuvres incomplètes. Il fallut aviser et réimprimer en 1770. Pour ne pas surprendre sans doute au milieu des autres volumes on laissa la date de 1764, on garda à peu de choses près tout l'aspect extérieur des volumes ^ La justification des pages est d'ailleurs très différente et l'on reconnaît immédiatement la réimpression en se reportant à la dernière page du quatrième volume où l'on lit : a De l'Imprimerie de P. Al. Le Prieur, Imprimeur du Roi. 1770)). La table sommaire est maintenue, mais les sommaires en tête de chaque lettre, peut-être sur une réclamation indirecte de Rousseau, sont supprimés.

La réimpression ne fut pas faite sur un texte de Rey 1761 . Par commodité d'imprimeur on prit un des exemplaires restants de 1764. Les dix variantes signalées de 1764 se retrouvent. Par contre, et suivant la loi fatale de ces réimpressions qui additionnent les altérations typographiques, le nouveau texte est beaucoup plus mauvais que le premier. Aux dix variantes de 1764, 1770 en ajoute onze autres, une en I, six en II, quatre en III. La réimpression in-i 2 ajoute encore une altération en

1 On rencontre des exennplaires où les deux éditions sont confondues, ainsi à la Bibliothèque de l'Arsenal (B. L, 20861), t. I et II de 1764, t. IV de 1764 (i 770).

II et trois en III. Les altérations particulières ne se rattachant pas à ce tableau sont d'ailleurs nombreuses. Pour les cent premières pages de la IV^ partie de Rey 1761, il y a dix variantes importantes qui transforment souvent complètement le sens (sera = fera ; à ton tour =^ à mon tour ; et partout où l'on se porte avec soi, l'on y porte = l'on se porte avec soi l'on y porte; le moins prévenu = le moins prévu ; une phrase sautée : c'est encore un fort bon signe, etc. . .)

Les éditions filiales de celles de Duchesne se reconnaissent aisément. Elles reproduisent la table sommaire ; elles utilisent les titres de lettres modifiés. L'absence des variantes essentielles les isole immédiatement de la famille Rey 1763, Genève 1780, etc.. Elles n'ont jamais été faites sur l'impression de 1764, beaucoup plus rare sans doute. Les tableaux de variantes les rattachent immédiatement à l'impression de 1 770, beaucoup plus incorrecte comme nous l'avons vu. L'absence des sommaires en tête des lettres confirme cette concordance.

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