IV. Edition de Genève
A. Edition de Genève 1^80-1^82.
L'édition de Genève dirigée par du Peyrou et très répandue au XVIIP siècle est bien connue. Signalons qu'à la fin de 1780, comme l'indique le prospectus dont nous avons parlé, l'édition commencée depuis environ dixhuit mois ne comportait encore que les tomes I à IV^ La Nouvelle Héloïse (tomes II et III) était pourtant publiée. On s'expliquera donc les différences de dates singulières que révèlent les nombreuses impressions de cette édition, certains exemplaires portant, comme nous l'indiquerons, doubles pages de faux-titres et titres, les premières avec la date de 1782 et les deuxièmes avec la date de 1780.
Le texte, pour la Nouvelle Héloïse^ fut très évidemment établi à l'aide de l'édition Duchesne, exemplaire annoté qui appartenait à Coindet^. La preuve s'en établit immédiatement par le fait que toutes les corrections
^ Cf. également la date de \Avant-Propos et de la Dédicace aux Mânes de J. J. Rousseau : Neuchâtel, 1779. - Cf. supra, p. 14.
et adjonctions de l'exemplaire annoté se retrouvent dans cette édition : suppression de la note I, 62 ; traduction des vers italiens par Rousseau, sauf ceux des lettres I, 20, 21; note III, 20; variantes I, 12, 19, 3i, etc.. Un détail prouvera la fidélité machinale avec laquelle ces corrections ont été reproduites. L'édition Duchesne a comme appels de notes des chiffres. Les appels manuscrits de Rousseau sont des *. Or à la lettre IV, II il y a dans l'édition de Genève, pour la note ajoutée par Rousseau, un appel par *, le seul des deux volumes de l'édition. Il a été reproduit machinalement par celui qui a recopié la note de Rousseau. Il n'y a entre les corrections de l'exemplaire annoté par Rousseau et l'édition de Genève qu'une différence. Si l'on étudie la note IV, 11 de la première édition (p. 287, note aux huit vers italiens), on en comprend clairement le sens. Au contraire, le texte de Duchesne qui transporte les huit vers dans le texte, en maintenant en note la phrase de Rousseau « il aurait pu... », est inintelligible. A juste titre Rousseau la corrige pour la rétablir conformément à la première édition. Mais on constate que cette correction manuscrite est extrêmement confuse. On s'explique très bien, en l'étudiant, que l'éditeur de 1782 l'ait mal interprétée et corrige le texte de Duchesne par celui qu'il nous donne et qui est lui aussi peu intelligible.
Conformément à cet exemplaire 1764 annoté, l'édition de Genève conserve les titres modifiés par Duchesne et non biffés par Rousseau, et la table sommaire des matières qu'il acceptait explicitement.
Il était logiquement possible que du Peyrou ait eu en sa possession non l'exemplaire Coindet mais un autre exemplaire annoté par Rousseau et comportant au
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moins toutes les corrections Coindet. Nous avons donc collationné entièrement l'édition du Peyrou. Il en résulte :
1° Que Tédition du Peyrou est liée étroitement à une édition de Duchesne 1764 (édition de l'exemplaire Coindet.) Voici les altérations communes les plus importantes : T. I (de l'édition du Peyrou) p. 65 : au défaut duquel {= au refus) — p. lob : peut coûter {= peut goûter sans lui) — p. 104: destructeur des vertus de l'humanité {^= des vertus et de l'humanité) — p. 267 : je n'ai rien fait que i=^ Je n'ai fait que) — p. 408 : Si c'était {== Si c'était ici) — p. 498 : que nous admirojis {= qui nous admirons) — p. 5o3 : que j'ai à pr^ésent (= que j'ai 7naintenant) — T. II, p. 247 : à l'homme en général; on ajoute (^ ; à l'homme en général on ajoute)
— p. 298 : dans ses jeux que dans les regards enjoués {=z dans ses jeux si doux que dans les regards plus enjoués) — p. 3i i : Note, L'homme au beurre... supprimée
— p. 434 : réalité qui vaut mieux peut-être {= réalité.
— Qui vaut mieux peut-être) — p. 488 : sur nous que quand {= sur nous quand.)
2° Que Fédition du Peyrou a été très négligée, au moins en cours d'impression. Voici deux exemples de fautes d'impression : conser vécette bonhommie (II, p. 61)
— laissera du moins un charte veuve {\ . p. 5o3.)
3° Que quatre-vingt-dix variantes de l'édition du Peyrou ne se justifient pas par l'édition Duchesne. Ces quatre-vingt-dix variantes révèlent-elles des corrections de Rousseau (autres que celles de l'exemplaire Coindet)?
Dix-sept entraînent non pas même des sens douteux mais de grossiers contre sens. Exemples: T. I. p. 100: six mois à Lausanne {= six jours) — p. 396 : qu'il peut
afv^éter {= qu'il ne peut) — p. 898 : que nous admirons (= qui nous admirons) — H, p. i23 : ce sont des forêts de mâts ou de maïs (= de mays) etc..
Trente-cinq sont des mots sautés dont rien ne justifie la suppression et qui entraînent souvent des faux-sens ou des contre sens, ou des absurdités. Exemples : T. I, p. 20S : car quand on parle de qu'elle est — T. II, p. 96: c'est que les habitants {= c'est ce que) — p. 197 : pouj-^ l'aimer et pour être aimés (= pour en être aimés) etc.. La plupart de ces mots sont d'ailleurs des monosyllabes.
Deux sont des mots déplacés sans importance: T. I, p. 3 : je consens qu'on puisse vous imaginer {= vous puisse) — T. II. p. 166 : j^ous pouve\ plus continbuer que (z= contribuer plus que).
Dix-neuf sont de menus mots altérés, sans aucune importance, et qui parfois mêm^e faussent le sens : T. I, p. \2\ \ à la Julie (= à sa Julie) — p. 209: qui ne l'offensent pas {= point) — p. 246 : dans tout ce que j'ai observé (=^ de tout) — p. 607 : sur qui porte la tortue (contre-sens = sur quoi porte) etc..
Six sont des oscillations de grammaire ou d'usage : T. I, p. 21^- : au col de mon père {= au cou) — p. lo^ : Grâces au ciel {= Gr^âce) — T. II, p. 199: cette charité paresseuse des riches qui payent {==■- qui paye) etc..
Cinq sont de menus mots ajoutés sans importance (?ne^ U7t, des^ et, de). T. I, p. 61 : le plutôt qu'il me sera possible {= qu'il sera possible) — p. 187: dont ils font un si grand bruit {=^ font si grand bruit).
Il reste comme leçons qu'on puisse à la rigueur discuter: 1°, T. I, p. 242 : je tâcherai du moins qu'il soit sage {= je tâcherai de faire au moiiis qu'il soit sage)
PKKMlHKliS KDITIONS 87
— 2°, p. 334 : celle qui peut nous serinr^ pendant le voyage {= durant) — 3°, T. II, p. 170: un grand secret , un seul chagrin l'empoisonne (= un chagrin secret, un seul chagrin l'empoisonne) — 4°, p. 207, note : ce métier oisif {= ce 7nétier oiseux) — 5°, p. 248: Heureux, les enfants bien nés {= Heureux les bien nés) — 6", p. 476: et qu'il savait bien que tant (= et qu'il savait que tant).
La variante 2 est insignifiante et s'explique mieux d'ailleurs quand on la rapproche de Taltération de Duchesne^ dans le voj-age {= durant). — La variante 3 fausse fâcheusement le sens et s'expliquerait d'ailleurs par le voisinage des sonorités (un chQ)grin secret, (un) grand secret. — La variante 6 n'est qu'une confusion de Toeil du compositeur. L'édition Duchesne porte à la ligne supérieure : qu'il connaissait bien M^^^ de Wolmar, et bien est juste au-dessus de il savait. Les trois seules variantes qui subsistent sont minimes. Les nombreux contre-sens et fautes d'impression de l'édition prouvent une grande négligence. Elles sont dues certainement à des corrections plus ou moins conscientes du texte de Duchesne ; les variantes 4 et 5 notamment ne font que modifier des expressions qui ont dû surprendre le compositeur ou le prote.
Rien n'oblige ou n'invite à supposer un exemplaire annoté autre que celui de Coindet, ou tout au moins dont les annotations fussent différentes.
Les éditeurs n'ont prévenu nulle part^ qu'ils avaient à leur disposition un exemplaire corrigé par Rousseau. L'authenticité des leçons nouvelles, malgré ce
^ Utilisé, rappelons le par du Peyrou.
2 A moins qu'il ne l'aient tait dans un Prospectus que nous n"avons pas rencontré.
88 LA NOUVELLE HÉLOLSE
silence étrange, donne à l'édition une solide importance critique, et semblerait prouver par exemple qu'ils se sont bien référés à un texte inconnu de Rousseau pour intercaler dans le Discours sur l'inégalité un morceau que signale M. X^mïomv (Annales delà Société J. J. Rousseau^ 1905, p. 190) et qui apparaît pour la première fois dans leur édition ^
Il y eut d'abord une édition de format in-4°. XXXI. (Bibliothèque Nationale. Réserve. Z i365 . in-4^.)
(i) Collection | complète | des | Œuvres | de J. J. Rousseau. | Tome Second || (2) Collection
I complète | des œuvres | de | J. J. Rousseau,, | Citoyen de Genève. | Tome Second | Contenant les trois premières Parties | de Julie ou la Nouvelle Héloïse I A Genève | MDCCLXXXII || (3)LaNouvelle I Héloïse, | ou | Lettres | de deux Amans^
I Habitans D'une petite Ville au pied des Alpes ;
I Recueillies et publiées | Par J. J. Rousseau. | Tome Premier. | Non la conobbe il mondo, mentre l'ebbe : Conobill'io ch'a pianger qui rimasi | Petrarc | Trad. Le monde la posséda sans la connaître, et moi je l'ai connue je | reste ici-bas à la pleurer || (4) Julie, | ou | La Nouvelle | Héloïse. | Tome premier. || (5) La Nouvelle | Héloïse, | ou
I Lettres | de deux amans, | habitans | d'une petite Ville au pied des Alpes ; | Recueillies et pu-
^ Sur la façon dont fut établie rédition, on consultera utilement la no;e de Girardin sur Tun des manuscrits de la Chambre des députés et reproduite par Marcellin Pellet (Révolution française. Septembre i^t)!), p. 197.) M"'« A. Pons (J. J. Rousseau et le Théâtre. Genève, 1900, p. 137) signale également un vers du Devin du village donné par l'édition de Genève et qui ne se trouve ni dans l'édition originale, ni dans le manuscrit de la partition, ni dans la partition de 1754.
PREMIHRKS KDll IONS Hg
bliées I Par ). ]. Rousseau. | Tome premier. Genève. | M.DCC.LXXX || in-4'\
Préface : pp. i-iv — Avertissement sur la Préface suivante : p. v — Seconde préface : pp. vi- XLvii — Lettres : pp 1-536 — Table des Lettres et Matières etc. : pp. 537-548.
Tome troisième, (second de la Nouvelle Héloïse) I Contenant la fin de la Nouvelle Héloïse, et les Amours de Mylord Edouard Bomston || La Nouvelle Héloïse etc. [comme le titre (3) sauf Tome second] || Lettres : pp. 1-5 12 — Les Amours | de I Milord Edouard Bomston. pp. 513-530 — Table des lettres, etc. pp. 531-537.
Cette édition fut publiée comme on le voit avec une profusion singulière de titres de collection, faux-titres, titres. Nous avons décrit l'exemplaire le plus compliqué. Mais tout cela fut le plus souvent simplifié par les éditeurs ou les relieurs. Certains exemplaires ne portent pas les pages 4 et 5 (par exemple Bibliothèque Nationale : Inventaire Z 9969 et suivants). D'autres suppriment les pages i, 4 et 5. Ces titres devaient sans doute permettre aux libraires, éditeurs, particuliers, de relier ou de vendre la Nouvelle Héloise tout au moins dans la Collection complète ou séparément. L'exemplaire de la Nouvelle Héloïse à la Bibliothèque Nationale (Z 9974) comporte seulement les pages 4 et 5 (avec la date 1780) et par conséquent aucun titre de collection.
Avec l'édition in-4° on publia une édition in-8^. On trouve à la bibliothèque de Lyon (catalogue manuscrit n° 103098; une édition de format grand in-8^, mais qui
ne diffère de l'édition in-4^ que par la largeur des marges. La véritable édition in-8° est une impression nouvelle.
XXXIl. [Bibliothèque Nationale. Z 36.28 1, in-8''.)
Cinq pages de titres à peu près identiques comme description à celles de l'exemplaire in-4°. La seule différence est la façon dont sont coupés les vers de Pétrarque et leur traduction : .... io
ch'a I et moi je^ || in-8°.
Préface : pp. i-v — Avertissement : p. v — Seconde préface : pp. vii-lxii — Lettres : pp. 1-342 — Table des lettres et matières: pp. 343-355 — T. IV (Second de la Nouvelle Héloïse.) Lettres: pp. 1-453. Table: pp. 454-464 — T. V (III). Lettres : pp. 1-413. Table : pp. 414-419 — Tome VI (IV). Lettres : pp. 1-349 — Les Amours de Milord Edouard Bomston : pp. 350-376. Table : pp. 377-
Les mêmes confusions se présentent dans les pages de titre que pour l'édition in-4°. L'exemplaire de la Bibliothèque Mazarine (28067 G et suiv.) ne comporte que les pages i, 2 et 3. L'exemplaire de la Bibliothèque Nationale (Z. 36249) ne possède que les pages 4 et 5 (date de 1780). Là encore la Nouvelle Héloïse fut sans doute vendue séparément.
Enfin il y eut une édition, ou plus probablement contrefaçon (le frontispice et les treize estampes sont de détestables contrefaçons), de format in- 12.
1 Ajoutons bien entendu les différences dans l'indication des numéros des tomes, la Nouvelle Héloïse commençant au tome ITI (au lieu de IH et comprenant 4 volumes et non 2,
I>REM1ÈRKS ÉDITIONS 9I
XXXIII. [Bibliothèque de l'Arsenal. 2().S()() 1er. B. L.) Collection | complète | des œuvres | de J. J, Rousseau, | Tome troisième |1 Collection | complète I des œuvres de J. J. Rousseau, etc. (Les cinq pages de titres des éditions in-4° et in-S"^ avec de légères différences : Julie ou de ta Nouvelle Héloïse — amans = Amans — habitans = Habitans^ etc.j || in-12.
Préface : pp. i-vi — Avertissement : p. vu — Seconde préface : pp. viii-lxxvii — Lettres : pp. i- 328 — Table des Lettres et Matières : pp. 329-342 — T. IV (tome II de la Nouvelle Héloïse.) Lettres : pp. 1-444 — Table: pp. 445-455 — T V (III) Lettres : pp. 1-395 — Table : pp. 396-401 — T. VI (IV) Lettres : pp. 1-335 — ^^^ Amours de Milord Edouard Bomston : pp. 336-360 — Table : pp. 361-367.
Les estampes sont de détestables contrefaçons des gravures de Gravelot.
Les Aj^entures de Milord Edouard Bomston paraissaient pour la première fois dans l'édition de Genève, avec la note : (fidèlement empruntée par un grand nombre d'éditions) « Cette pièce qui paraît pour la première fois, a été copiée sur le manuscrit original et unique de la main de l'auteur, qui appartient et existe entre les mains de M"^^ la Maréchale de Luxembourg, qui a bien voulu le confier.))
On rencontra tout de suite des éditions séparées de ces Aventures^ destinées évidemment à ceux qui possédaient des éditions antérieures de la Nouvelle Héloïse. {Bibliothèque de Genève. Hf. 23 1 g.)
Supplément à l'Emile | ou | de l'Education^ | de J. J. Rousseau. || s. 1. n. d. [Genève 1781]. A la suite : Supplément | a la nouvelle Héloïse I de J. J. Rousseau. | pp. 101-128 || in-24.
[Bibliothèque de Neuchâtel) .
Emile et Sophie, ou les Solitaires. Ouvrage posthume de M. J. J. Rousseau. A Genève, chez la Société typographique. MDCCLXXI. |
A la suite : Les Amours de Milord Edouard Bomston. pp. 105-133 II iri-i2. |
Notons que ces Aventures copiées pour la seule M"^®de Luxembourg, et qui causèrent au persécuté Rousseau tant d'inquiétudes, étaient depuis longtemps soupçonnées du public. Le 2 mars 1761 «une personne » a dit à Re}^ que Rousseau s'occupe à un septième volume qui doit contenir l'histoire de Bomston et le retour de Saint-Preux auprès de M. de Wolmar. En 1764, le 1 1 mai, Rey revient à la charge a II y a des gens qui veulent absolument que vous ayiez pubHé une suite à la Nouvelle Héloïse, un poème ^, je leur soutiens le contraire^».
B. Editions filiales i
Elles ont dû être établies sur l'édition in-8^, plus commode pour le travail d'imprimerie. Il y a entre le
1 II y a là sans doute une confusion avec le « poème en prose » du Lévite d'Ephraim, dont plusieurs amis de Rousseau connaissaient alors l'existence.
2 Lettres de Rey du 2 mars 1761, 11 mai 1764 — Jean-Jacques écrit à M** (Duclos, sans doute), en 1760 (non datée — Décembre) qu'il ne publiera pas les Aventures d'Edouard, qu'il a jeté les cahiers au feu et qu'il n'en reste que la copie de M"" do Luxembourg (X, p. 235).
PREMIÈRES ÉDITIONS çS
texte in-8'* et celui in-4" trois des variantes de notre tableau qui sont dillerentes et qu'on retrouve dans les éditions suivantes, identiques au texte in-8".