AVEC L'AMOUR
Comédie en trois actes, en prose, (I'Alfred de Musset.
LE BARON MM. Provost.
PERDICAN, son fils Delaunay.
BRIDAINE, tabellion Monrose.
BLAZIUS, gouverneur de Perdican. Barré.
LE CHŒUR DES JEUNES GENS. Eugène Provost.
LE CHŒUR DES VIEILLARDS . Goqdelin.
CAMILLE, nièce du baron .... M™es Favart.
ROSETTE, sa sœur de lait Emma Fleury.
DAME PLUCHE, gouvernante de Camille Jouassain.
Le 12 novembre, on apprit au palais la mort du roi de Portugal, Don Pedro, âgé de 24 ans. Ce fut le duc d'Oporto, âgé de 23 ans, que nous avions vu à Gompiègne quelques jours auparavant^ qui lui succéda. La Cour prit le deuil et le spectacle qui devait être donné le surlendemain fut contremandé. On remit la fête de l'Impératrice — 15 novembre, la Sainte-Eugénie — au 23, et il fut décidé que la quatrième série d'invités resterait jusqu'au samedi 30. Le prince et la princesse de Metternich , lord Halleyberden , lord Murray, lord Dummore, MM. Gounod, Paul de Musset, Edouard Delessert, Maury, Bida, Gamille Doucet, Viollet-Le-Duc faisaient partie de cette quatrième série.
Le mardi 26, la Gomédie-Française vint jouer
On ne badine pas avec l* amour. C'étaient d'excellents interprètes : Provost, Favart dans le rôle de Camille et surtout Delaunay dans celui de Perdican. Je ne crois pas que Delaunay soit jamais remplacé dans le répertoire d'Alfred de Musset.
On ne badine pas avec l'amour est une pièce étrange, peu scénique. C'est moins une comédie qu'une fantaisie ravissante où le dialogue est tout à fait admirable. Un maître seul a pu l'écrire et ce maître est un grand écrivain et le premier poète de notre temps. Seulement les hardiesses de ce merveilleux dialogue vont bien loin et je m'imagine que les mères de famille qui étaient là dans la salle à écouter avec ravissement les scènes de Camille et de Perdican, ne laissaient pas de penser qu'elles auraient bien fait de ne pas amener leurs charmantes filles qui auraient été mieux à la maison. On se rassure en se disant : «Ma fille n'a pas compris. » En est-on bien certain? Mais c'est possible et je n'insiste pas. Je me contenterai de croire qu'une pièce comme On ne badine pas avec V amour ^ fût-elle un chefd'œuvre, n'est pas bien choisie pour ce genre de représentations.
Au reste Ja question est délicate et les observations sévères dont les spectacles de la Cour étaient alors l'objet, n'avaient pas toujours raison. Pour satisfaire à certaines convenances qui n'intéressaient qu'une minime partie de la salle, fallait-il jouer du Berquin ou du Florian? Non sans doute. Cette pudibonde rigueur eût été impossible et ridicule. Mais le grand nombre de pièces que présente le répertoire de nos différents théâtres, permettait de choisir dans des limites d'une étendue très suffisante, et il faut bien dire que ces limites ont été plus d'une fois dépassées.
PALAIS DE COMPIÈGNE
Spectacle du Mercredi 4 décembre 1861
THÉÂTRE DU VAUDEVILLE