LÉON
Donnez mon cerceau, bonne.
LA BONNE
Le voilà. N'allez pas trop loin. Prenez garde.de tomber dans le bassin.
MARGUERITE, à Juliette.
Alors, tu ne veux pas jouer? *
JULIETTE
Je veux que cette fille s'en aille. C'est une vilaine.
(Elle s'assied près de la bonne et regarde Thérèse méchamment.) MARGUERITE.
C'est toi qui es mauvaise. Et puisque tu ne veux pas être gentille, je vais jouer avec la petite fille. (Elle s'approche de Thérèse.) Mademoiselle, voulez-vous avoir la bonté de garder un moment Lili, s'il vous plaît? Je dois aller faire une course en ville.
THERESE, recevant la poupée sur ses genoux.
Je veux bien, mademoiselle.
MARGUERITE
Non; il faut m 'appeler madame, puisque je suis la mère de Lili.
THÉRÈSE, intimidée.
Ah!... Bien, madame.
JULIETTE
Non, je ne VeUX pas qu'elle joue. (Elle prend brusquement
la poupée.) C'est une fille que je ne connais pas. (Eiiepousse Thérèse.) Qu'elle aille s'asseoir ailleurs.
MARGUERITE, reprenant la poupée.
Finissez, Juliette. Vous êtes une méchante. Bonne, faites-la finir, s'il vous plaît.
LA BONNE, se plaçant entre Juliette et Thérèse.
Allez dans le coin, vilaine. Je le dirai à votre
maman, quand je rentrerai. (Juliette frappe du pied avec colère
et pleure.) A-t-on jamais vu ! Le téanc est à tout le monde, mademoiselle.
MARGUERITE, rendant la poupée à Thérèse.
Ne l'écoutez pas; continuons déjouer... Oui, mademoiselle, je dois faire des courses en ville, chez la modiste, chez la couturière; et puis, j'ai mes pauvres. Je n'aurai jamais le temps de tout faire. Vous aurez soin de Lili, n'est-ce pas? Si elle pleure, vous lui direz que je vais revenir. Bonjour, Lili; au revoir, chère petite. Sois bien sage : je t'apporterai une jolie poupée qui dit « maman. » Là, encore un baiser. A tantôt, mademoiselle...
THÉRÈSE
Oui, madame.
MARGUERITE, revenant.
Vous ne lui donnerez pas à manger, s'il vous plaît. Elle a fort bien déjeuné, et elle pourrait avoir une indigestion. L'autre soir, j'ai eu bien peur : il a fallu chercher un médecin. (A la poupée.) Oui, oui, tu voudrais bien venir avec moi, mademoiselle; je vois cela à ta petite frimousse, (a Thérèse.) Vous l'amuserez bien, n'est-ce pas?
THÉRÈSE
Gui; mais tantôt je devrai rentrer à la maison; ma mère est malade.
MARGUERITE, croyant que Thérèse joue la comédie.
Ah ! et qu'est-ce qu'elle a?
THÉRÈSE
Je ne sais pas. Le médecin est venu; il a donné un papier et il a dit comme ça qu'on devait aller chez le pharmacien. Ma mère m'a envoyée tout de suite et je me suis fait mal au pied en marchant dans un trou. Et maintenant je ne sais plus marcher.
MARGUERITE, à Juliette.
Hein ! comme elle joue bien, la petite fille ! Ce n'est pas une vilaine comme toi.
JULIETTE
Si, c'est une vilaine.
THÉRÈSE
Mais, mademoiselle, c'est la vérité; j'ai bien mal au pied ; je n'ose plus marcher.
MARGUERITE
Vous ne jouez pas la comédie?...
THÉRÈSE
Non, mademoiselle. J'attends ici un petit garçon, qui est allé pour moi chez le pharmacien.
MARGUERITE
Et comment retournerez-vous chez vous ?
THÉRÈSE
Je ne sais pas.
(Elle pleure.)