‹ Le théâtrè a la maison. Illustrations d'Amédée LynenChapitre 20 sur 65 · LÉON · texte numérisé non relu

LÉON

Donnez mon cerceau, bonne.

LA BONNE

Le voilà. N'allez pas trop loin. Prenez garde.de tomber dans le bassin.

MARGUERITE, à Juliette.

Alors, tu ne veux pas jouer? *

JULIETTE

Je veux que cette fille s'en aille. C'est une vilaine.

(Elle s'assied près de la bonne et regarde Thérèse méchamment.) MARGUERITE.

C'est toi qui es mauvaise. Et puisque tu ne veux pas être gentille, je vais jouer avec la petite fille. (Elle s'approche de Thérèse.) Mademoiselle, voulez-vous avoir la bonté de garder un moment Lili, s'il vous plaît? Je dois aller faire une course en ville.

THERESE, recevant la poupée sur ses genoux.

Je veux bien, mademoiselle.

MARGUERITE

Non; il faut m 'appeler madame, puisque je suis la mère de Lili.

THÉRÈSE, intimidée.

Ah!... Bien, madame.

JULIETTE

Non, je ne VeUX pas qu'elle joue. (Elle prend brusquement

la poupée.) C'est une fille que je ne connais pas. (Eiiepousse Thérèse.) Qu'elle aille s'asseoir ailleurs.

MARGUERITE, reprenant la poupée.

Finissez, Juliette. Vous êtes une méchante. Bonne, faites-la finir, s'il vous plaît.

LA BONNE, se plaçant entre Juliette et Thérèse.

Allez dans le coin, vilaine. Je le dirai à votre

maman, quand je rentrerai. (Juliette frappe du pied avec colère

et pleure.) A-t-on jamais vu ! Le téanc est à tout le monde, mademoiselle.

MARGUERITE, rendant la poupée à Thérèse.

Ne l'écoutez pas; continuons déjouer... Oui, mademoiselle, je dois faire des courses en ville, chez la modiste, chez la couturière; et puis, j'ai mes pauvres. Je n'aurai jamais le temps de tout faire. Vous aurez soin de Lili, n'est-ce pas? Si elle pleure, vous lui direz que je vais revenir. Bonjour, Lili; au revoir, chère petite. Sois bien sage : je t'apporterai une jolie poupée qui dit « maman. » Là, encore un baiser. A tantôt, mademoiselle...

THÉRÈSE

Oui, madame.

MARGUERITE, revenant.

Vous ne lui donnerez pas à manger, s'il vous plaît. Elle a fort bien déjeuné, et elle pourrait avoir une indigestion. L'autre soir, j'ai eu bien peur : il a fallu chercher un médecin. (A la poupée.) Oui, oui, tu voudrais bien venir avec moi, mademoiselle; je vois cela à ta petite frimousse, (a Thérèse.) Vous l'amuserez bien, n'est-ce pas?

THÉRÈSE

Gui; mais tantôt je devrai rentrer à la maison; ma mère est malade.

MARGUERITE, croyant que Thérèse joue la comédie.

Ah ! et qu'est-ce qu'elle a?

THÉRÈSE

Je ne sais pas. Le médecin est venu; il a donné un papier et il a dit comme ça qu'on devait aller chez le pharmacien. Ma mère m'a envoyée tout de suite et je me suis fait mal au pied en marchant dans un trou. Et maintenant je ne sais plus marcher.

MARGUERITE, à Juliette.

Hein ! comme elle joue bien, la petite fille ! Ce n'est pas une vilaine comme toi.

JULIETTE

Si, c'est une vilaine.

THÉRÈSE

Mais, mademoiselle, c'est la vérité; j'ai bien mal au pied ; je n'ose plus marcher.

MARGUERITE

Vous ne jouez pas la comédie?...

THÉRÈSE

Non, mademoiselle. J'attends ici un petit garçon, qui est allé pour moi chez le pharmacien.

MARGUERITE

Et comment retournerez-vous chez vous ?

THÉRÈSE

Je ne sais pas.

(Elle pleure.)

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