‹ Le théâtrè a la maison. Illustrations d'Amédée LynenChapitre 23 sur 65 · SCÈNE V Les Mêmes, JULIEN · texte numérisé non relu

SCÈNE V Les Mêmes, JULIEN

JULIEN, essoufflé.

J'ai été... J'ai trouvé la maison... J'ai dit... J'ai donné la bouteille... Il fait chaud !

LA BONNE, se levant.

Asseyez-vous, mon ami, reposez- vous ; essuyez votre front, vous êtes tout en sueur.

THÉRÈSE, timidement.

Merci bien... Et qu'est-ce qu'elle a dit, ma mère?

JULIEN

De vous bien reposer. La voisine est chez vous.

MARGUERITE

Vous êtes un bon petit garçon, vous avez un bon cœur, et je vous aime bien.

JULIETTE, se levant, outrée.

Ah ! ça, c'est trop fort !

(Elle va du côté du bassin, vers son frère, en murmurant avec colère.) LA BONNE, riant.

Voyez comme la voilà fière !

MARGUERITE

Maman la punira; je le sais bien. Maman n'aime pas qu'on soit ainsi. Elle nous a toujours dit qu'il faut être gentil avec tout le monde, n'est-ce pas, bonne? Et cela m'a fait grand plaisir de jouer avec la petite fille que je ne connais pas. Et je jouerai encore...

(On entend crier à gauche.) LA BONNE, se levant.

Qui est-ce qui crie ainsi?...

JULIETTE, accourant, affolée.

Léon!... Léon!... est tombé... dans le... bassin.

MARGUERITE, courant à gauche.

Mon frère ! Il va se noyer.

LA BONNE, levant les bras et criant.

Miséricorde!

JULIEN, courant aussi à gauche.

Non, non, il n'y a pas beaucoup d'eau.

(Il se couche à plat ventre sur le bord du bassin et étend les bras.)

Je ne peux pas l'attraper.

(Il se jette dans le bassin.) MARGUERITE.

Vite, vite! Ah! maman! maman! Pauvre petit!

, LA BONNE

Le voilà ! Le voilà !

MARGUERITE

Vite, bonne, prenez-le. Oh! comme il est mouillé!... Et comme il est pâle!...

JULIEN, se secouant.

Ce n'est rien ! Sa tête n'a pas été dans l'eau. Il a eu peur. Otez-lui ses habits et mettéz-le dans votre châle, madame.

(La bonne est assise sur le banc; les enfants sont autour d'elle. Juliette, épouvantée, cache son visage dans ses mains.)

THÉRÈSE, à Julien.

Mais vous êtes aussi tout mouillé; vous serez malade.

JULIEN

Non, non; il fait chaud. Je vais chez moi.

(Il va pour s'éloigner.) MARGUERITE.

Attendez!... Petit!... Monsieur!... Écoutez: venez encore ici demain, voulez- vous?

• JULIEN

Je veux bien. Pourquoi?

MARGUERITE

Pour cela. (Eiieiui prend la main.) Je veux encore vous voir. Voulez-vous bien? Je le dirai à maman. Vous êtes gentil, gentil ! Vous avez sauvé mon frère. (Elle lui

met un bras autour du cou et l'embrasse.) Et maman VOUS embrassera aUSSl. (Elle pleure et revient au petit Léon, emmailloté dans le

chàie de la benne.) Rentrons vite, maintenant.

JULIETTE

Qu'est-ce que maman va dire ?

MARGUERITE

Que tu es une méchante. Puisque tu ne jouais pas, il fallait veiller sur Léon.

JULIETTE, pleurant.

Il est tombé; je ne l'ai pas poussé.

MARGUERITE

Et tu ne dis seulement pas merci au petit garçon, mauvaise.

JULIETTE, pleurant, va à Julien.

Merci !

(Elle lui donne la main.) JULIEN.

Ce n'est rien, mademoiselle.

MARGUERITE, en partant, à Julien.

Vous viendrez demain, bien sûr, n'est-ce pas?

JULIEN

Oui, mademoiselle.^

(La bonne, Marguerite, Juliette et Léon, ce dernier porté par la bonne, sortent.)

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