SCÈNE V Les Mêmes, JULIEN
JULIEN, essoufflé.
J'ai été... J'ai trouvé la maison... J'ai dit... J'ai donné la bouteille... Il fait chaud !
LA BONNE, se levant.
Asseyez-vous, mon ami, reposez- vous ; essuyez votre front, vous êtes tout en sueur.
THÉRÈSE, timidement.
Merci bien... Et qu'est-ce qu'elle a dit, ma mère?
JULIEN
De vous bien reposer. La voisine est chez vous.
MARGUERITE
Vous êtes un bon petit garçon, vous avez un bon cœur, et je vous aime bien.
JULIETTE, se levant, outrée.
Ah ! ça, c'est trop fort !
(Elle va du côté du bassin, vers son frère, en murmurant avec colère.) LA BONNE, riant.
Voyez comme la voilà fière !
MARGUERITE
Maman la punira; je le sais bien. Maman n'aime pas qu'on soit ainsi. Elle nous a toujours dit qu'il faut être gentil avec tout le monde, n'est-ce pas, bonne? Et cela m'a fait grand plaisir de jouer avec la petite fille que je ne connais pas. Et je jouerai encore...
(On entend crier à gauche.) LA BONNE, se levant.
Qui est-ce qui crie ainsi?...
JULIETTE, accourant, affolée.
Léon!... Léon!... est tombé... dans le... bassin.
MARGUERITE, courant à gauche.
Mon frère ! Il va se noyer.
LA BONNE, levant les bras et criant.
Miséricorde!
JULIEN, courant aussi à gauche.
Non, non, il n'y a pas beaucoup d'eau.
(Il se couche à plat ventre sur le bord du bassin et étend les bras.)
Je ne peux pas l'attraper.
(Il se jette dans le bassin.) MARGUERITE.
Vite, vite! Ah! maman! maman! Pauvre petit!
, LA BONNE
Le voilà ! Le voilà !
MARGUERITE
Vite, bonne, prenez-le. Oh! comme il est mouillé!... Et comme il est pâle!...
JULIEN, se secouant.
Ce n'est rien ! Sa tête n'a pas été dans l'eau. Il a eu peur. Otez-lui ses habits et mettéz-le dans votre châle, madame.
(La bonne est assise sur le banc; les enfants sont autour d'elle. Juliette, épouvantée, cache son visage dans ses mains.)
THÉRÈSE, à Julien.
Mais vous êtes aussi tout mouillé; vous serez malade.
JULIEN
Non, non; il fait chaud. Je vais chez moi.
(Il va pour s'éloigner.) MARGUERITE.
Attendez!... Petit!... Monsieur!... Écoutez: venez encore ici demain, voulez- vous?
• JULIEN
Je veux bien. Pourquoi?
MARGUERITE
Pour cela. (Eiieiui prend la main.) Je veux encore vous voir. Voulez-vous bien? Je le dirai à maman. Vous êtes gentil, gentil ! Vous avez sauvé mon frère. (Elle lui
met un bras autour du cou et l'embrasse.) Et maman VOUS embrassera aUSSl. (Elle pleure et revient au petit Léon, emmailloté dans le
chàie de la benne.) Rentrons vite, maintenant.
JULIETTE
Qu'est-ce que maman va dire ?
MARGUERITE
Que tu es une méchante. Puisque tu ne jouais pas, il fallait veiller sur Léon.
JULIETTE, pleurant.
Il est tombé; je ne l'ai pas poussé.
MARGUERITE
Et tu ne dis seulement pas merci au petit garçon, mauvaise.
JULIETTE, pleurant, va à Julien.
Merci !
(Elle lui donne la main.) JULIEN.
Ce n'est rien, mademoiselle.
MARGUERITE, en partant, à Julien.
Vous viendrez demain, bien sûr, n'est-ce pas?
JULIEN
Oui, mademoiselle.^
(La bonne, Marguerite, Juliette et Léon, ce dernier porté par la bonne, sortent.)