‹ Le théâtrè a la maison. Illustrations d'Amédée LynenChapitre 58 sur 65 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MADAME DAVENANT et MARGUERITE,

suivies de M. DAVENANT, JULES et LOUIS.

MADAME DAVENANT , entrant en scène portant Marguerite.

Je suis mouillée comme une soupe.

M. DAVENANT, apparaissant avec Jules et Louis.

Parbleu! Tu sors de l'eau... Mais il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Secoue-toi : tu sécheras tout de suite... Il n'y avait pas un demi-mètre d'eau près du bord. Secoue-toi, te dis-je.

MADAME DAVENANT

Avec Marguerite sur les bras !

M. DAVENANT

Dépose-la sur le gazon, un gazon de roman, fleuri et embaumé. N'est-ce pas une véritable chance, de faire naufrage sur une île aussi aimable, et par un temps splendide?

MADAME DAVENANT

Nous serons tous enrhumés...

M. DAVENANT

Pour avoir pris un bain de pieds!... Oui, si nous n'en avions pas l'habitude.

MADAME DAVENANT

Tiens ! Tu ris de tout ; tu n'as pas de cœur.

M. DAVENANT

Ne serait-il pas plus spirituel de pleurer? Ne dirait-on pas qu'il nous est arrivé un irréparable malheur?... Voyons, ma chère, sois raisonnable... Jules et Louis, ôtez vos bottines et faites sécher vos bas... Tu pourrais en faire autant, ma femme, et dans dix minutes nous serions secs comme des allumettes, du haut en bas... Mais c'est charmant, cette aventure! Qu'est-ce qui nous arrive? Hier soir, nous décidons que nous descendrons la Meuse jusqu'à ce petit bois qu'on peut voir d'ici, où nous déjeunerons sur l'herbe, à l'ombre... Et, à propos, le déjeuner, qu'est-ce qu'il est devenu?

JULES, assis par terre et tordant ses bas.

Oh ! je ne l'ai pas lâché : je le tenais ferme.

M. DAVENANT

Bon : tu es un garçon pratique. Grâce à toi, nous ne mourrons pas de faim aujourd'hui.

MADAME DAVENANT

Et demain?

M. DAVENANT

Demain est encore loin de nous, a dit le poète.

MARGUERITE

Et où nous dormirons, père?

M. DAVENANT

Sur l'herbe tendre, Marguerite. Il fait chaud, les animaux féroces ne nous dérangeront pas...

MADAME DAVENANT

Voyons, mon ami, parle un peu sérieusement. Votre maladresse de rameurs, à toi et à Jules, nous a fait chavirer ; notre barque s'en est allée au fil de l'eau ; nous voilà emprisonnés dans ce bouquet d'arbres. Il faudra nous en tirer. Quand nous serons chez nous, nous rirons de l'aventure, je le veux bien. Mais comment rentrer à la maison ?

M. DAVENANT

Qu'en dis-tu, Louis? Donne un peu ton avis.

LOUIS

Nous construirons un radeau...

M. DAVENANT

Voilà! Ce n'est pas plus difficile que cela : nous construirons un radeau. Nous allons donc commencer par abattre une demi-douzaine d'arbres; puis nous scierons les branches ; puis nous lierons fortement les arbres les uns aux autres...

MADAME DAVENANT

Eh bien, si tu n'as que ce moyen-là...

JULES, s'avançant.

Il faudra commencer par confectionner des haches et des scies...

M. DAVENANT

C'est vrai; il y a là une première difficulté à vaincre. Ne croyez-vous pas que nous ferions bien de commencer par déjeuner? J'ai une faim très vive... En mangeant, il nous viendra des idées.

MADAME DAVENANT

Soit! Déjeunons... L'endroit est joli... Jules et Louis, allez prendre le panier et les bouteilles, puisque Jules a eu la présence d'esprit de sauver notre repas du naufrage.

(Jules et Louis sortent.)

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