‹ Le théâtre à Montréal [microforme]Chapitre 26 sur 57 · LE THEATRE A MONTRENT · texte numérisé non relu

LE THEATRE A MONTRENT

feuille dans la main qui l'a moissonnée sans laisser de parfum.

La Vie de Bohéme , cest l'histoire immortelle des amants cui veulent aimer toujours et ne se soucient pas d'assurer existence maténelle sur laquelle reposent les fidélités durables: c'est l'histoire émouvante des chercheurs d'idéal, des poètes méconnus et des philosophes sous les toits. Petit tableau de vie sentimentale où se meuvent des silhouettes d'étudiants éternels, de neveux qui méprisent les millions, de grisettes aux robes de vingt sous rehaussées par la grâce du sourire et la mélancolie des regards ; pauvres petites poitrinaires, achevant leur azonie quand les feuilles mortes s'amoncellent dans le pare avec la lourdeur des définitifs adieux. Décor de misère Joyeuse qu'éclaire le moindre ravon de soleil, le plus petit sou d'orestompé du plaisir et de la fièvre, de temps à autre par l'ombre de la mort.

Ces enfants provoquent la vie, ils Jonglent avec elle, ils lui jouent ce tour superbe de rêver, rire, chanter, boire, aimer, être heureux sans l'avoir mérité d'aucune facon. Ce sont des gailiards aimables, fantasques, truculents, qui lui avant placé un bandeau sur les veux, la conduisent au gré de leur fantaisie désordonnée et s'imaginent candidement qu'elle n'aura pas le dernier mot de tout. On ne sait pas vous

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la raconter cette histoire, C'en est une réellement el bien vécue.

Elle à ses heures de Soleil, d'insouciance heureuse, dans le plus désintéressé et le plus complet abandon de soi-même, Fleurs de tendresse jelées au vent qui passe enivrantesémolionsdevant les roses quitendent leur calice vers la plénitude de la lumicre. Ja femme adorée entrevue à travers les glveines d'un balcon enchanté, Murger l'a embellie, cette existence délurée de Bohème, Elle n'est pascelle qu'ila si poétiquement décrite : ce ravon n'ei pas si lumineux, ce Jour renferme plus d'ombres, cette désinvollure est plus lraversée de Sursauts vengeurs, ces rires secouent des sanglots, Et le nectar qu'elle offre est un frère déguisé du poison, Ce qu'elle nous laisse done, de plus réel, de plus tangible. c'est le regret, le vide, le grand vide où crrent, mélancoliques et dépourvues de sève, les âmes rassasiées, wrasses de volupté,

Nous n'en avons plus maintenant, que des pasüiches mal réussis et rolesques, Notre Lemps, avec ses habits corrects et ses pantalons pressés, répugne à ce genre de bailler Ja vie, Restent encore d'inoffen- SS fainéants qui marchent dans une floraison de plaisirs et meurent livides el transis sous le baiser de la déesse, Is tourbillonnent, deviennent gâteux sans originalité, Ces allures ne sont plus IS30,

Le jeune homme qui à lu l'histoire de Ja Bohème,

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iève de ce pays où régnaient le caprice amoureux, le mépris de l'argent, les promenades au clair de lune si doucement complaisantes aux madriäux suaves, chromatiques., Mais, ilne va jamais au boul du rêve. I fera, peut-être, quelques grosses foues qui Île iaisseront plus fatigué que la veille, sans effort pour le bien, sans élan vers les éimes, Sa maniére de jouit est d'un prosaisme qui ferait Jeter les hauts cris aux Marcel, aux Rodolphe, et aux Schaunard.

Quel homme terriblement « million » que M. Du randin ! Il ne rêve que trésors, mines de diamants, somptueux châteaux, courses fastueuses dans des équipages princiers. Il songe à marier son neveu Rodolphe à une dame de Rouvres, de noblesse authentique, Le jeune homme se dérobe aux pressantes sollicitations de son oncle. I n'épousera pas la femme qui ne répond pas à son idéal. Les projets de Durandin sont accueillis par des cris de révolte. Cependant, madame de Rouvres va venir, On ira la chercher à la gare, Rodolphene sait où donner de la tête. Mais, l'oncle avait compté sans les habitants de la Bohème, qui, près du château, en troupelet foiätre, s'ébattent sur Fherbe, avee des chansons à la bouche, des rires qui moutent avee un bruit de musique et charment l'oreille tendue de Rodolphe, qui, grimpé sur le mur, leur adresse un salut amical. Il n’en

fallait pas tant pour S'attirer déjà des svmpathies et

LAOVIE DE BOHENME pu,

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Marcel, pPimpant, égrillard, enjarmbe le mur et demande au maitre de céans couvert el fourchettes, afin de compléter leur service de table. Bientot, toute la troupe dégringole de l'autre côté du rur, et c'est Musette frissonnante de joie, et est Plhémie qui adore les pommes, el Sehaunard. france luron, va-nupieds adorable, Secouant des mots d'esprit et les éparpillant partout, J'allais oublier de vous présenter Bapliste, ce serviteur fameux qui ht M, de Voltaire, Iest tres original. Colline, philosophe de pacotille s'entend à merveihe avec cet Homais au petit pied, à ce point que très gouluement. il vont manger Lout le diner dans le corridor. Désespoir comique de Musette et de Phémie. Rodolphe, aux dépens de l'oncle, leur paie une hospitalité rovale, parsemé de bons mots, où circule autour de la table improvisée, garnie de mets savoureux. une gaité folle, enthousiaste, qui menace de ne plus finir, Is sont tout à à fois hôtes, orchestre el boute-en-train, Ces amants de la vie heureuse sont deux fois ivres : de vin et de gaieté, Mais Baptiste parait, épouvanté. IE vient d'apercevoir la voiture de Monsieur au tournant de l'allée, Aussitôt de déguerpir : tous ces derrières « émerveillés », déboulent sur le azon.

Monsieur Durandin se précipite dons la pièce, santé etcérémonieux, Madame de Rouvres, prise d'un malaise

subit s'est vue forcée d'arréler en route à lauberue.,

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Rodolphe, frappé par une idée heureuse, offre à son onele qui n'en peut croire ses oreilles, de se rendre auprès de la dame.

Mais, ina pas siôt franchi le seuil de la maison, qu'il se Sauve ave les compagnons de tout à l'heure et fait le pied de nez à Durandin qui s'arrache les cheveux. Et la toile tombe sur cettecrise avuneulaire.

Deux mansardes au cinquième étage, tristes, nues et froides. Rodolphe dort d'un sommeil épais, entrecoupé de cris nerveux. Déshérité par son oncle

Durandin, il a mené une existence tour à tour ensoleillée et remplie d'accidents fâcheux. I n'a pas mangé depuis hier et voilà pourquoi, ventre affamé, il n'entend pas le propriétaire — oh ! les propriétaires, — qui frappe à sa porte. Musette se confectionne un bonnet de dentelles, avec une franch bonne humeur de fille que n'ont pas encore durement atteinte les morsures de la vie, Elle s'accommode assez bien de ce branle-bas d'existence qui, du soir au matin et du matin au soir, la met sur le pavé. Son cœur jeune, s'oubliant dans la constance immuable de amour, se donne sans caleul, La vanité des soieries n'est pas encore entrée dans sa petite cervelle. Elle s'y logera assez lôl et alors c'en sera finit du bonheur.

Le propriétaire est sans clémence pour la pa

vrette. Iréclame son lover avec force éclals de Voix

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