‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 121 sur 390 · ACTE I. m · texte numérisé non relu

ACTE I. m

aa terme où nous avons si longtemps souhaité qu'il parvint. Alors aussi la patrie, Tunivers, s*étonneront en apprenant quelle œuvre aura été accomplie. Je prendrai ma part de ceik gloire, et le Tasse enfin entrera dans la vie. Un noble esprit ne peut trouver dans un cercle étroit le développement de son être. Q faut que la patrie, il faut que lunivers agisse sur son génie; il faut qu'il s'instruise à supporter le blâme et la louange, qu'il soit contraint d'apprendre à apprécier et les autres et lui-même. La solitude ne le berce plus alors de ses flatteuses illusions ; un ennemi ne veut pas, un ami n'ose pas le ménager. C'est ainsi que le jeune homme exerce ses forces en luttant; il sent ce qu'il est, et bientôt il se sent bofflme.

LÉONORE

n faudra donc, seigneur, que tu fasses tout encore pour le Tasse, comme tu as tout fait pour lui jusqu'à ce jour. Le talent se forme dans le silence; le caractère se façonne au coup rant du monde; et puisse-t-il disposer son âme comme son génie à tes heureuses leçons; qu'il cesse d'éviter les hommes! que sa défiance ne se change pas en haine et en pusillanimité!

ALPHONSE

Celui-là seul craint les hommes qui ne les connaît pas, et celui qui les fuit les méconnaîtra bientôt tout à fait. Telle est la condition du Tasse, et c'est ainsi qu'un esprit indépendant perd peu à peu sa justesse et sa liberté. Par exemple, le Tasse s'inquiète plus de ma faveur qu'il ne le devrait. Il nourrit de la défiance contre bien des gens qui, j'en suis sûr^ ne sont pas ses ennemis. S'il arrive qu'une lettre s'égare, qu'un valet passe de son service à celui d'un autre, qu'un papier sorte de ses mains, aussitôt il voit un projet arrêté, une trahison, des intrigues, tout conspire contre son sort.

LA PRINCESSE

N'oublions pas, cher frère, que l'homme ne peut se séparer de lui-même; et si un ami, en cheminant avec nous, se blessait au pied, ne ralentirions-nous pas volontiers notre marche, ne lui prêterions*nous pas avec empressement le secours de notre bras?

iXPBOHSE.

Mieux Taudrait chercher à le. guérir, et tenter au ptus ^te la cure ordonnée par les sages conseils du médecin; pws, la guérison faite, reprendre gaiement avec lui les sentiers nouveaux d'une vie nouvelle. J'espère, au surplus, chères amies, ne mériter jamais le reproche d*avoir agi en médecin trop rigoureux. Je fais tout ce que je puis pour inspirer au cœur du Tasse confiance et sécurité ; je lui donne souvent, en présence de nombreux témoins, des marques décisives de ma bienveillance. Vient-il se plaindre à moi, je fais examiner ses grieis, comme dernièrement, lorsqu'il s'imagina qu'on avait forcé sa demeure. Si rien ne se découvre, je lui expose de sang-froid lu chose comme je la vois, et, puisqu'il faut s'exercer à tout en ce monde, je m'exerce à la patience avec le Tasse, qui la mérite. Je sais qu'en cela vous me secondez avec plaisir. Je vous ai amenées à la campagne, mais je retourne ce soir à la ville. Dans un instant vous allez voir Antonio ; il arrive de Rome et viendra me chercher ici. Nous avons beaucoup à dire, beaucoup à faire : des résolutions à prendre, nombre de lettres à écrire, et tout me force de retourner à Ferrare.

LA PRINCESSE

Nous permettras-tu de t*y suivre?

ALPHONSE

Restez à Belriguardo ; allez toutes deux à Gonsandoli. Jouissez en toute liberté des premiers beaux jours.

LA PRINCESSE

Ne peux-tu rester près de nous? Les affaires ne peuventelles aussi bien s'expédier ici qu'à la ville?

LÉONORE

Quoi ! déjà nous enlever Antonio, lorsqu'il aurait tant de choses à nous raconter de Rome!

ALPHONSE. '

Cela ne se peut, enfants que vous êtes ! mais je reviendrai avec lui dès que cela sera possible. Alors il vous racontera ce qu'il a vu, et vous m'aiderez à votre tour à récompenser un homme qui vient de se donner tant de peine pour mon ser-

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