‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 145 sur 390 · ACTE III. «If · texte numérisé non relu

ACTE III. «If

U PRINCESSE

Dois-je à tranquillement bannir un ami?

LEONORE

' C'est conserver celui que tu bannirais seulement pour la

forme.

tk PRINCESSE

Mon frère ne Toudra point le laisser purlir.

LÉONORE

Il le permettra s'il voit la chose comme nous.

il est si dur de se condamner dans son ami!

LÉONORE

Mais c'est le sauver, cet ami !

LA PRINCESSE

Je ne consens point à ce qu'il parte.

LÉONORE

Attends-toi donc à un mal plus grande

Lk PRINCESSE.

Tu me tourmentes sans savoir si tu me sers.

LÉONORE

Nous apprendrons bientôt qui de nous deux se trompe.

LA PRINCESSE

S'il doit nous quitter, ne me parle pas plus longtemps de cela!

LÉONORE

Qui peut se décider triomphe de la douleur.

LA PRINCESSE

Décidée! je ne le suis pas. Cependant que la chose se fesse, s'il ne doit point s'éloigner pour longtemps. Songeons au moins pour lui, Léonore, à parer à ses besoins futurs : faisons en sorte que le duc consente à lui laisser, même loin de nous, ce que son entretien exige. Parles-en à Antonio; son crédit est grand auprès de mon frère, et il ne voudra point que nous et notre ami nous ne puissions jamais oublier <îetlc fatale querelle.

LÉONORE

Un mot de toi, princesse, aurait plus de pouvoir^

SSO TORQUATO TASSO.

LA PRINCESSE

Je ne puis, tu le sais, je ne puis, comme ma soeur, me résoudre à solliciter quelque faveur pour moi ou pont les miens. J aime à vivre sans bruit dans ma retraite, et je me borne à recevoir avec reconnaissance de mon frère ce qu'il lui plait de me donner. Je me suis jadis reproché plus d'une fois cette timidité. Maintenant j'ai pris mon parti. Une ancienne amie m*en a blâmée souvent : Tu es désintéressée, disait-elle, cela est assurément très-louable; mais tu l'es tellement, que tu ne peux bien ressentir non plus les besoins de ceux que tu aimes. Je ne me suis cependant pas vaincue sur ce point, et je mériterai encore aujourd'hui ce même reproche. Aussi suis-je d'autant plus heureuse de pouvoir prêter à notre ami un secours efficace : l'héritage de ma mère me tombe en partage, et je l'aiderai avec joie dans son exil.

liONORE.

Et moi aussi, princesse, je me trouve en état de faire preuve de mon amitié pour lui. C'est un mauvais économe : mais je saurai pourvoir à ce qui lui est nécessaire.

LA PRINCESSE

Emmène-le donc ! Et puisqu'il faut m'en priver, qu'il te soit donné plutôt qu'à toute autre ! le le vois bien, c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Dois-je donc cette fois encore considérer ma douleur comme bonne et salutaire? Dès mon plus jeune âge mon sort fut toujours tel, et maintenant j'en ai pris l'habitude. Aussi bien nous ne perdons qu'à moitié le bonheur même le plus doux lorsque nous ne pouvons espérer d'en jouir avec sécurité.

LÉONORE

J'espère te voir aussi heureuse que tu le mérites I

Léonore! heureuse? Qui donc est heureux? Mon frère, peut-être, parce que son grand cœur porte sa destinée d'ime âme toujours égale ; mais le âort dont il est digne ne lui a point été départi. Heureuse! ma sœur l'est-elle? ma sœur, cette femme si belle, ce cœur si grand et si noble!

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