ACTE m
^'an joyeux empressement mes sens à peme éveillés, et mon premier regard le cherche Tainement dans nos jardins, sous l'ombrage des bois humides de la rosée du matin. Gomme mes Tœux étaient satisfaits, lorsque je passais avec lui les paisibles soirées des beaux jours 1 Gomme s'accroissait, dans ces aimables entrevues, le désir de se mieux connaître, de se mieux comprendre 1 Ghaque fois nos cœurs s'accordaient «iavantage pour arriver à une harmonie toujours plus pure. Maintenant, quelles ténèbres tombent autour de moi! L'éclat <hi soleil, le sentiment vivifiant dont le jour nous pénètre à son midi, le riche et brillant aspect de la nature et de ses milles merveilles/ tout disparaît dans le vide, tout se perd dans le nuage qui m'environne ! Jadis chaque journée était pour moi une vie tout entière : les soucis se taisaient, les tristes pressentiments mêmes étaient réduits au silence et, passagers heureux, le fleuve du monde nous portait sur ses flots légers, sans le secours des rames. En présence d'un sombre avenir, mon âme est aujourd'hui la proie d'une se- <nrète terreur.
LÉONORE
L'avenir ! il te rendra tes amis, il t'apportera de nouvelles joies et un bonheur nouveau.
Lk PRINCESSE.
Je ne demanderais qu'à conserver ce que je possède : le changement peut plaire parfois ; mais il est bien rarement profitable. Quant à moi, l'impatience du jeune âge n'a jamais plongé ma niain curieuse dans l'urne oiî s'agite la loterie des choses inconnues, et mon cœur, sans expérience, ne chercha point à y saisir l'objet désiré. Le Tasse força mon estime, c'est à cause de cela que je l'aimai : je dus l'aimer, parce ^u il fît de mon existence une vie que j'avais ignorée jusqu'alors. D'abord je me disais : Éloigne-toi de hii! mais je cédais, je cédais peu à peu, et je m'en rapprochais davantage. Il m'attirait si doucement! Et je vois s'évanouir une félicité si pure, un bien si wai m'échappe ! un mauvais génie soustrait à mes désirs le bonheur, qu'il remplaça par une longue suite de douleurs.
LÉONORE
Si la voix d'une amie ne peut le consoler, l'action muette et bienfaisante du monde et du temps soulageront peu à peu tes ennuis.
LA PRINCESSE
Oui, le monde est beau! tant de biens s'agitent ç^ et là sur sa vaste étendue! Âh! pourquoi semblent-ils toujours ne s'éloigner de nous que d'un pas? Pourquoi, par cette pei^ fide manœuvre, attirent-ils insensiblement nos vœux inquiets à travers la vie et jusqu'au tombeau même? Il est si rare que les hommes trouvent ce qui paraissait leur être destiné, si rare seulement qu'ils retiennent ce que leur main plus heureuse a pu toucher une fois! Ce qui d'abord s'était livré à nous nous abandonne, et nous abandonnons ce que nous avions saisi avec ardeur. Un bonheur nous arrive, mais nous l'ignorons, ou nous le connaissions et nous ne savions pas l'apprécier.