‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 150 sur 390 · SCÈNE IV - LËONORE, ÀKTONIO · texte numérisé non relu

SCÈNE IV - LËONORE, ÀKTONIO

LÉONORB.

Ainsi ta nous apportes la guerre au lieu de la paix l On dirait que tu arrives d'un camp, d'une bataille, où la force ^namande, où le bras décide, et non pas de Rome, où la sa- ^ sagesse lève, en bénissant, les mains, et voit à ses pieds ^ monde qui lui obéit sans efforts.

^6 TORQUATO TiSSO.

ANTONIO

11 faut bien, belle amie, souffrir ton blâme; et pouitanl je n'irai pas chercher mon excuse bien loin. C'est une lâche périlleuse que d'avoir, trop longtemps à se montrer sage ^ maître de soi. Notre mauvais génie s'attache à notre suite; il nous guette, et de temps en temps réclame mie victime. Cette fois, hélas! c'est aux dépens de m'es amis.

LÉONORE

11 t'a fallu si longtemps faire effort auprès d'hommes nés en d'autres climats, il t'a fallu régler ta manière sur la leur; et maintenant que tu revois tes amis, tu ne les reconnais plus, tu leur cherches querelle comme à des étrangers!

ANTONIO

Là est recueil, chère Léonore ! Avec des étrangers, onprooid garde, on s'observe, et, pour se les rendre utiles, on poursuit son but jusque dans leurs bonnes grâces; mais, près de ses amis, on se laisse aller en toute liberté, on se fie à leur tendresse, on se permet l'humeur, la passion agit sans entraves ; et c'est ainsi que nous blessons plus souvent que d'autres ceux que nous chérissons le mieux.

LÉONORE

Dans ce froid retour sur toi-même, j'aime à te retrouver tout entier, cher ami.

ANTONIO

Oui, je m'afflige, et je l'avoue sans peine, d'avoir tant dépassé la mesure. Mais conviens-en à ton tour, lorsqu'un homme dévoué arrive le front baigné de la sueur d'un rude travail, que pour mieux s'apprêter à de nouvelles fatigues il compte se reposer vers le soir sous l'ombrage après lequel il soupire, et qu'il voit son asile occupé tout à l'aisQ par un rival oisif, ne doit-il pas sentir dans son âme un mouvement bien pardonnable à la nature humaine?

LÉONORE

S'il est vraiment homme, il cédera avec joie une part de ce frais ombrage à celui dont l'entretien, dont les accords gracieux lui rendront le repos plus doux et le travail plus facile. L'arbre est assez grand, mon ami, pour donner une ombre

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