‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 23 sur 390 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ORESTEy se réveillant de son assoupissement et se levant.

Encore une, encore une dernière coupe d eau du Lcihé, fraîche source de soulagement ! Bientôt la convulsion de la lésera chassée de mon sein; bientôt mon âme, abandonnée 30 fleuve de l'oubli, coulera paisiblement vers vous, puissances <les ombres, dans les éternelles ténèbres. Souffrez que le fils <^6 la terre, qui la parcourt depuis si longtemps sans relâche, ^e prendre part à votre doux repos! — Mais quel murmure «uleodsrje dans ces feuillages? quel bruit léger sort de ce crépuscule? Ils viennent déjà voir leur nouvel hôte ! Quelle ^ cette troupe imposante, semblable à une famille de princes rassemblés? Us marchent en paix, les vieillards et les J^nes gens, les hommes avec les femmes. Leiu's nobles vi- ^ges, qui se ressemblent, ont un air de divinité. Oui, ce s«nt les ancêtres de ma famille! — Atrée marche avec ^uyeste, et s'entretient famihèrement avec lui; leurs enfants * jouent en nant autour d eux. N'y a-t-il plus ici d'inimitié ^û\ie vous? La vengeance s*est-elle éteinte avec la lumière du ^'*'*l? Alors, s'il est ainsi, je suis aussi le bienvenu, et je

36 IPHIGÉNIE EN TÂURIDE.

ne crains pas de me mêler à votre cortège solennel. Salut, mes pères : Oreste vous salue, le dernier honame de votre race. Ce que vous avez semé, il Ta recneilli; il est descendu au sombre bord chargé de malédictions. Tout fardeau cependant se supporte plus facilement ici : recevez-moi, oh ! recevez-moi parmi vous. — Je t'honore, Atrée, et toi aussi, Thyeste; nous sommes ici tous exempts de haine. — 'Montrezmoi mon père, que mes yeux ne virent qu'une fois dans la vie ! ^- Est-ce toi, mon père? Quoi! tu te promènes sans défiance avec nia mère? Si Glyleninestre ose prendre ta main, Oreste aussi osera s'avancer près d'elle et lui dire : Vois Ion fils ! — Voyez votre fils, nommez-le le bienvenu. Sur la terre ce fut toujours le sort de notre famille d'être accueillie par l'assassinat, et la race du vieux Tantale a ses joies au delà, du tombeau. Vous vous écriez : Sois le bienvenu ! et vous m'admettez dans vôtre sein. Oh! menez-moi vers mon djeii7, vers Tantale : où est-il ce vieillard ? que je le voie, que je voie cette tête si précieuse et si vénérable qui fut admise au conseil des dieux. Vous semblez hésiter, vous détournez le visage ! Qu'y a-t-il donc? l'égal des dieux subirait-il des tourments? Malheur à moi ! les dieux tout-puissants ont attaché avec des chaînes de fer de cruelles tortures à Tâme de ce héros.

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