ACTE II
quelquefois parcouru cette route avec beaucoup de satisfaction : €*est un excellent remède contre l'hypocondrie, que de se faire secouer de cette manière.
LA COMTESSE
C'est, je l'avoue, un remède asseï singulier.
LE BAILLI
Effectivement, notre route pourrait sembler impraticable à quelqu'un qui serait habitué aux belles chaussées, car depuis une année on n'a pu songer à la raccommoder à cause du procès qui se plaide au tribunal impérial; joint à cela que les transports de bois sont tr^-.réquents, et que, dans ces derniers jours» il y a eu beaucoup de pluie.
LA COMTESSE
Vous dites qu'elle pourrait sembler impraticable? je crois qu'elle l'est bien en elfet.
Votre Excellence veut plaisanter, car enfin Ton peut toujours avancer.
LA COMTESSE
C'est tout au plus; j'ai mis six heures pour faire deux lieues.
LE BAILLI
J'ai mis encore bien davantage, il y a quelques jours. Deux fois je m'en suis tiré heureusement; mais, la troisième, une roue a cassé, et j'ai été obligé de me faire traîner de la sorte. Mais à tous ces accidents fâcheux j'opposais du courage et de la gaieté, car je pensais que les droits de Votre Excellence et ceux de monsieur son iîls étaient sauvegardés. J'avoue avec sincérité <iue j'aimerais mieux aller sur de pareils chemins d'ici à Paris, que de céder d'un pas, quand le droit et l'autorité de Votre ^igneurie sont contestés. Je voudrais que Votre Excellence pensât de même; certainement elle n'aurait pas été si mécontente de cette route.
LA COMTESSE
Je dois vous dire que je suis loin de partager votre sentiinent à cet égard, et que si j'étais la propriétaire de ces biens, ^u lieu d'en avoir simplement l'administration, je passerais
sur bien des obstacles; j'écoulerais mon coeur, qui me eoinmande la modération, et ma raison, qui m*enseigue à distinguer le profit réel de celui qui n'est qu'apparent. Je serais généreuse comme il convient à celui qui a le pouvoir; je me garderais, sous les dehors du droit, de tenir à des demandes dont à peine je souhaiterais l'acoomplissement, et qui, au cas où je rencontrerais de la résistance, m'ôteraient pour toujours la pleine puissance d'une possession que je pourrais améliorer en agissant plus raisonnablement. Un conlrat supportable et l'usjige immédiat valent mieux qu'un procès fondé qui mediagrine, et d*où je ne vois aucun avantage à retirer pour mes descendants.
Votre Excellence me permettra d'être d'un avis contraire. Dn procès est une chose si attrayante, que, si j'étais riche, j'en achèterais plutôt que de vivre privé de ce plaisir.
Usort.
LA COMTESSE
Il me parait qu'il veut s'enrichir de noè biens,