SCÈNE III Les PRécÉDENTs, LA MAITRESSE DE LA œUR
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
La flotte va profiter du vent favorable ; les voiles s'enflent, tout s'apprête. Ceux qui se séparent s'embrassent en pleurant et l'on voit plus d'un mouchoir blanc, des vaisseaux et du rivage, envoyer le dernier adieu. Notre navire aussi lèvera i>ienlôt l'ancre : viens, un salut d'adieu ne nous accom-
953 Là FILLE NATURELLE.
pagnera pas; nous partons sans que personne pleure notre d^art.
LE CONSEILLER
Les amis que i^ous Laisserez ici vous pleureront avec une douleur amère et étendront les bras pour vous retenir. Ce que vous dédaignez maintenant sera demain peut-être un bien pârdu,digne de vos regrets. (\ Eugénie.) Il y a peu d'instants que, dans mon ravissement, je te nommai la bienvenue ; un dernier adieu, un étemel adieu va-t-il donc sceller notre séparation?
lA MAÎTRESSE DE LA COnR.
Ai-je deviné le résultat de volre entretien?
LE CONSEILLER
Tu me vob prêt à former un indissoluble lien.
LA MAITRESSE DE LA CODR
Et comment reconnais-tu une offre si généreuse?
EUGÉNIE
Par la plus pure reconnaissance de mon cœur ému.
LA MAÎTRESSE DE LA COOR
Hais sans désir d'accepter celte main?
LE CONSEILLER
Elle ne demande qu'à vous secourir.
EDGiNIE.
La chose la plus proche est souvent la moins saisîssable.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
Bientôt, hélas! nous ne serons que trop loin de tout espmr de salut.
LE CONSEILLER
Âs-lu songé à ce terrible avenir?
EUGÉNIE
Même au dernier de tous, à la mort.
lA MAÎTRESSE DE LA COUR.
Tu refuses donc la vie qu'on t'offre?
LE CONSEILLER
Et les joies d'une alliance qui pourra l'embdlir ?
EUGÉNIE
Non, plus de joie! il n'en est plus pour moi.