ACTE Y
d'être utile à moa pays, et par ce désir ramené à la vie cou* pable d'une cité, dans ce désert de vices, ce marais d'égoïsme. La faiblesse de l'âge, Thabitude, le devoir, me retiennent ici... ou peut-être le destin, qui réserve ma vieillesse pour des épreuves plus difficiles. Toi qui, jeune, libre de tous liens, te vois jetée dans le désert, avance et fais ton salut : la mi* sère que tu souffres se changera en bonheur. Parsl
Parle plus clairement; que crains-tu?
LE MOINE
L'avenir n'apparaît que dans l'obscurité; même ce qui va nous toucher n'est pas vu nettement par notre intelligence. Lorsque je traverse la ville éclairée par la lumière du soleil, que j'admire le luxe des palais, de ces masses élevées au niveau des plus hauts rochers^ lorsque j'examine les places spacieuses, la belle architecture des églises, le port encombré d'une forêt de mats, tout cela me semble arrangé pour l'éternité; cette foule active qui s'agite de tous côtés, on dirait aussi qu'elle se reproduit sans cesse et ne doit jamais disparaître. Mais lorsque, pendant la nuit, cette grande image se représente à mon esprit, il me semble qu'un bruit sourd se fiait entendre dans les ténèbres, que la terre tremble, que les tours s'ébranlent, que les pierres assemblées se disjoignent, et que toute cette apparence de splendeur tombe en débris. Quelques hommes épars gravissent des coteaux nouvellement formés; chaque ruine cache un tombeau; une population faible et courbée par la misère ne peut plus dompter les éléments, et déjà la vague infatigable a rempli l'enceinte du port de sable et de limon.
EUGÉNIE
La nuit commence par désarmer l'homme ; puis elle le combat de visions chimériques.
LE MOINE
Hélas! les rayons attristés du soleil éclnireront assez tôt
notre misère. Toi qu'un génie favorable a consacrée à l'exil,
ftds rapidement. Adieu! ne tarde pas.