‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 388 sur 390 · SCÈNE IX ËLGÉISIE, LE CONSEILLER, Un Jeunb Garçon, portant une riche · texte numérisé non relu

SCÈNE IX ËLGÉISIE, LE CONSEILLER, Un Jeunb Garçon, portant une riche

cassette.

LE CONSEILLER

Les vaisseaux partent Tun après l'autre, et je crains bien que toi aussi on ne t'appelle bientôt; reçois donc avec un adieu sincère ce présent qui, pendant ton long trajet, te sera de quelque soulagement. Pense à moi, et puisse le jour malheureux ne pomt luire où tu me regretteras amèrement !

EUGÉNIE

J'accepte ce présent avec reconnaissance, comme un gage de ton amour et de tes soins ; mais fais-le reporter dans ta maison, et, si tu penses comme tu pensais, si tu sens comme lu sentais, et que mon amitié puisse te suifire, je t'y suivrai.

LE CONSEILLER, après une pause, fait signe au jeune homme de

s'éloigner.

Est-il possible? Ta volonté a-t-elle pu si vite changer en ma faveur?

EUGÉNIE

Elle est changée, mais ne pense pas que ce soit la crainte qui me jette ainsi dans tes bras ; j'ai un motif plus noble ; permets-moi de le taire. C'est lui qui me retient dans ma patrie, auprès de toi. Je n'ai plus qu'une question à t'adresser : Peux-tu franchement renoncer à celle qui renonce à tout? Peux-tu me promettre que tu me recevras avec la pure amitié d'un frère, et que tu me donneras la protection, les conseils et l'existence paisible qu'on accorde à une sœur chérie?

LE CONSEILLER

Je crois pouvoir tout supporter, tout, si ce n'est de te perdre après l'avoir trouvée; te voir, vivre auprès de toi, pour toi, voilà mon bonheur suprême. Ton cœur seul dictera les conditions de l'alliance que nous contractons.

EnCÉKIE.

Connue dé, toi seul, je dois éviter le monde et irivre dans la retraite; si tu possèdes une campagne paisible et éloignée, consacre-la-moi et m*y envoie.

LE CONSEILLER

Je possède un petit bien situé agréablement, mais la maison e.^t vieille et tombe eu ruine. On n'aurait pas de peine à trouver une plus belle habitation dans nos environs; le prix n'en est pas élevé.

EUGÉNIE

Non, laisse-moi me retirer dans cette maison qui tombe en ruine; elle s'accorde avec ma position. Si mou esprit se calme, j'aurai de quoi y exercer son activité. Dès que je t'appartiendrai, permets-moi de m'y rendre, accompagnée d'un vieux serviteur de confiance, de m'y ensevelir dans l'espoir d'une résurrection prochaine.

LE CONSEILLER

Quand pourrai-je t*y visiter?

EDGÉIliE.

Tu attendras avec patience que je t'appelle. Un jour viendra, peut-étie bientôt, qui nous unira plus étroitement par des liens plus sérieux.

LE CONSEILLER

Tu m'imposes une dure épreuve.

EUGÉNIE

Qemplis tes devoirs envers moi, et sois sûr que je connais les miens. Tu risques beaucoup en m'oiïrant la main pour me sauver; si loii me découvretrop tôt, lu peux eu souffrir. Je te recommande le plus profond silence; que nul ne sache d'où je viens : même les personnes absentes qui me sont chères, je ne les visiterai que par la pensée; nul messager ne doil me nommer, quand ce serait aux lieux où la moindre éthiceile suffirait à rallumer le flambeau de ma vie.

LE CONSEILLER

Que dois-je dire dans cette grave circonstance? La bouclie peut protester avec audace d'un amour désintéressé, lorsque le monstre de l'égoïsme veille au fond du cœur. Notre cou-

Page 1