‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 68 sur 390 · VOIX DE LA FOULE · texte numérisé non relu

VOIX DE LA FOULE

liberté et privilèges! Privilèges et liberté!

Arri?e Egmont avec une suite.

P^ix! paix, braves gens! Qu'y a-t-il? Silence! Qu'on les

LE CHARPENTIER

, Gnicieux seigneur, vous venez comme un ange du del. — SIencedonc! Ne voyez- vous donc pas... ! le comte d'Egmont? "^pectau comte d'Egmont!

EGMODT.

^noore! que prétendez-vous donc? bourgeois contre bour- ! Gomment ! le voisinage de notre royale gouvernante ''^'^nlient pas cette frénésie? Allons, allons, séparez-vous, ^l^ïeloumez à vos affaires! C'est mauvais signe quand vous ^""iQezles jours ouvrables. De quoi s'agissait-il?

l^tunnlte s'apaise par degrés, et tous se rangent autour d'Egmont.

LE CHARPENTIER

Ds se battent pour leurs privilèges.

Qu'ils vont encore détruire de gaieté de cœur. — Eti^ii '^^•'ousdonc? Vous m'avez l'air d'honnêtes gens.

LE CHAReEKTIBB.

C'est à quoi nous visons.

Votre métier?

LE CHÀRPEKTIER*

Charpeatier et maître juré.

EGHONT.

Et vous ?

SŒST.

Mercier.

EGMOHT.

Et vous?

JETTER

Tailleur.

EGUOKT.

Ah ! oui, je me rappelle : vous avez travaillé aux livrées de mes gens. Votre nom est Jetter.

JETTER

C'est bien de l'honneur pour moi que vous vous rappeliez mon nom.

EGHONT.

Ceux que j'ai vus une fois et à qui j'ai, parlé, je ne les oublie guère. — Veiller à la tranquillité publique, mes amis, c'est là votre devoir : faites-le donc. Vous êtes déjà assez mal notés ! n'irritez pas davantage le roi; car, après tout, il a la force en main. Et d'ailleurs un bourgeois rangé, qui vit honorablement, a bien autant de liberté qu'il lui en faut.

LE CHARPENTIER

Ah ! mon Dieu, oui, c'est justement notre plaie ! Ces bat« teurs de pavé, ces ivrognes, ces fainéants, qu'avec la permission de Votre Grâce la faim pousse à déterrer des privilèges, qui ensuite s'en vont mentir au^ nez des badauds et des gobe* mouches, et, pour une cruche de bière, engagent des rixes qui entraînent dans le malheur des milliers d'hommes, çft leur est bien égal à eux ! nous tenons nos maisons et nos boutiques trop bien fermées; ils voudraient nous en chasser la foiche à la main.

EGMORT.

Vous trouyerez toute protection; des mesures sont prises pour résister énergiquement au mal. Tenez ferme contre les doctrines étrangères, et ne croyez pas que la rébellion soit un moyen d'affermir tos privilèges. Restez chez vous, et empêchez-les de s'attrouper dans les rues. Les gens raisonnable! penTent beaucoup.

Déjà le gros de rattroupement s'est dissipé. LE CHABPENTIER,

Mnie grâces à Votre Excellence! mille grâces pour la boTvue opinion qu'elle a de nous! Tout ce qui dépend de nous... (Egmont sort.) Gracîeux scigueur ! TrainoUedes Pays- Bas ! rien d'espagnol I

JETTEB.

Si nous l'avions pour gouverneur ! On aime à lui obéir.

SŒST.

Le roi s'en gardera bien ! il donne toujours la place à ses

créatures.

SETTER

^M.u VU son habit? il est à la nouvelle mode, coupé à

l'espagnole.

LE CHARPENTIER

Le bel homme !

JETTER

Et ce cou ! quel bon gibier de bourreau I

SŒST.

Es-tu fou? quelle idée !

JETTER

Oui, c'est un malheur d'avoir une idée pareille; mais je SUIS comme ça, moi; quand je vois un beau long cou, il faut, "^^ gré mal gré, que je pense : En voilà un qui serait bon à couper, — Les maudites exécutions l on ne se les ôle pas de ^^sprit. Lorsque je vois des jeunes gens au bain et que j'aper- Çoisundos nu, aussitôt me reviennent par douzaines tous ^^l que j'ai vu battre de verges. Si mes yeux tombent sur "Q gros ventre, il me semble déjà le voir griller au poteau. ^ unit, en rêve, je sens des pincements dans tous les mem-

SH^ BGMORT.

bres. On n*a plus un instant de bien-êlre. Quant à moi, j*aurai bientôt oublié ce que c*est que gaieté et bonne humeur; ces images épouvantables me sont imprimées sur le front comme avec un fer chaud.

LA DBmSUiiB D*B6X0NT.

filGIlÂRD, à une table, devant des papiers; U se lève plein d*agitaboa.

RICHARD

Il ne vient toujours pas l et voici deux heures que j'attends la plume à la main, les papiers devant moi. Et justement aujourd'hui que j'aimerais tant à être libre de bonne heure ! Les pieds me brûlent : je ne me possède pas d'impatience. Sois exact à l'heure, m'a-t-il dit en partant; et il n'arrive pas ! Il y a tant à faire que je ne serai pas libre avant minuit. . . Il faut être juste, il a pour vous des atten(W) de l'indulgence. Hais j'aimerais cent fois mieux qu'il /ut sévère et vous laissât aller à l'heure précise: on saurait au moins sur quoi compter. — Voilà plus de deux heures qu'il est sorti de chez la gouvei nante. Dieu sait à qui il se sera accrochâen route!

Entre Egmont.

Eh bien?

RICHARD

Je suis prêt, il y a trois messagers qui attendent.

Tu trouves peut-être que je suis resté trop longtemps ^ as l'air contrarié.

RICHARD

Pour me conformer à vos ordres, il y a fort longtemps?"^ j'attends. Voici les papiers !

Dona Elvire m'en voudra si elle apprend que je t'ai retenu.

RICHARD

Vons plaisantez.

Non, non, il n'y a pas là de quoi rougir : c'est une preuve

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