ACTE lY. \ZS
SILVA
Tons, E^ont le premier. Il est le seul qui, depuis (on arrivée ici, n*ait rien changé à sa conduite. Toute lu journée, d'un cbevaJ sur l'autre, tenant table ouverte, gai et causant aux repas, jouant aux dés, tirant au blunc, et la nuit se glissant chez sa maîtresse. Les autres, au contraire, ont sensiblement modifié leur train de vie accoutumé, lis se tiennent renfermés chfz eux, et à voir l'extérieur de leurs maisons, on juier.iit qu'il y a dedans un malade.
ALBE
^ite donc, avant qu'ils guérissent malgré nous.
SILVA
J'en réponds. D'après vos ordres, nous les accablons d'honneurs et d'oflres de service. Ils ont peur, et ils nous font par politique des remerdments forcés. Ils sentent bien que le plus ^ge serait de s'enfuir; mais nul ne hasarde le premier pas; us héritent, ne peuvent se concerter, et iàire isolément une. démarche aussi hardie, l'esprit de corps les en empêche. Ils voudraient écarter tout soupçon et se rendent de plus en plus suspects. — Je vois déjà avec joie votre plan réalisé.
ALBE
^^yle me réjouis de ce qui est fait; et encore pas aisément, car il reste toujours quelque sujet de réflexion et d'in- <IQiélude. La fortune a des caprices : souvent elle couronne du plus beau succès d'ignobles entreprises, et les plans les ^eux combinés, elle les déshonore par une ignoble issue, ^lletids que les nobles soient arrivés; donne alors à Gomez 1 ordre d'occuper les avenues, et cours toi-même arrêter le f^rétaire d'Iilgmont et les autres suspects. Cela fait, reviens ^^t et que mou fils m'en apporte la nouvelle au conseil.
SILVA
J'espère que ce soir je pourrai paraître devant vous en
toute assurance. (Albe s'approche de son fils, qui jusque-là est resté
''«ïs U galène.) J*o^e à peine me l'avouer, mais mon espoir est chancelant. Je crains que les choses ne tournent autrement î^il n'imagine. Je vois devant moi des esprits muets et pensils qui pèsent dans de noires balances la destinée des princes n. *2
134 EGHONT.
et des peuples. Le fléau vacille longtemps incertain, les juges ont Tairtie réfléchir profoniéroeut, puis vient un souffle capricieux du sort qui fait baisser un plateau, monter TautrCi
et Taffaire est décidée.
naort
ALBB.
Gomment as -tu trouvé la ville?
FERDINA.IID.
Tout s*est rendu. J'ai parcouru toutes les rues à cheval, comme si je me promenais. Vos patrouilles, bien disposées, tiennent tout le monde dans une si grande frayeur, qu*à peine ose-t-on respirer. Bruxelles ressemble à une campagne, quand Torage illumine Thorizon : on ne voit pas un oiseaa, pas un animal dehors, que ceux qui cherchent un asile en tremblant.
ALBE
N'as-tu rien rencontré encore?
FERDINAND
Pendant que j'étais sur la place du Marché, Egroont y a passé avec une suite. Nons nous sommes salués ; il montait un beau cheval entier, dont je n'ai pu m'empécher de lui faire compliment. « Exerçons nos chevaux, m'a-t-il crié de loin, nous en aurons besoin sous peu ! j» U a ajouté qu'il me verrait aujourd'hui, devant venir, sur votre invitation, se concerter avec vous;
AtBE.
Il te reverra.
FERDINARD.
De tous les nobles que je connais ici, c'est lui que je prétére. n me semble que nous deviendrons amis.
ALBE
Tu es trop vif et trop peu sur tes gardes ; je reconnais toujours en toi cette légèreté de ta mère, qui la mit sans condition dans mes bras. Sur la simple apparence, tu as déjà formé inconsidérément plus d une dangereuse liaison.
Votre volonté ne m'a jamais trouvé indocile.