‹ Le théâtre complet de WagnerChapitre 106 sur 166 · SCÈNE IV Les Précédents, Erda · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Les Précédents, Erda

Elle ordonne d'un geste sybillin. « Donne l'anneau, Wotan ; il est maudit et te serait fatal. C'est l'éternel esprit du monde, la mère des trois Nornes ; tout ce qui est doitmourir : malheur aux dieux, jette cet or. » Elle disparaît. Wotan l'interroge encore et va se jeter dans l'abîme à sa suite ; Froh et Fricka l'arrêtent. Wotan élève sa lance ; il libère Freia et jette l'anneau sur le trésor : Freia s'élance vers les dieux qui tous l'embrassent et la caressent. Fafner ouvre un sac immense : Falsolt voudrait que les dieux fissent le partage. Wotan se détourne avec dégoût. « Ne réclame que l'anneau, » souffle Logue à Fasolt qui s'écrie : « A moi ce joyau qui paya le regard de la belle. » Il l'arrache à Fafner ; celui-ci lève son épieu, tue Fasolt, arrache l'anneau de sa main et le met dans le sac. Les dieux s'épouvantent.

Wotan voudrait aller vers Erda ; Fricka veut visiter le palais tout de suite.

Donner monte sur un rocher et lève son marteau : « Hedo, Heda. » Il amoncelle les nuages et frappe le roc; éclair et tonnerre, il appelle Froh à l'aider. Le brouillard se dissipe; un splendide arc-en-ciel forme un pont lumineux entre les dieux et le Walhall. Fafner a fini d'em-

plir son sac; il le jette sur ses épaules et sort sans regarder le cadavre de son frère :

Wotan et les dieux contemplent le Walhall. Le dieu donne la main à Fricka et s'avance solennel, Froh, Freia et Donner suivent. Logue regarde passer les dieux, il est dégoûté des immortels et songe à redevenir l'élément du temps originel ; il songe même à détruire la race des immortels au lieu de périr avec eux Puis il suit le cortège. Alors monte de la vallée le chœur des filles du Rhin : « Or pur ! Astre du Rhin, quel était ton éclat. » Wotan s'arrête : « Que les nixes se taisent ! » — Logue leur crie : «. Si vous avez perdu votre trésor, mirez-vous dans le nouvel éclat des dieux. »

«Or pur, or radieux, tu n'illumineras plus l'onde profonde. Ici l'on est loyal. La lâcheté et le mensonge habitent les hauteurs ! »

Les dieux montent sur l'arc-en-ciel, le rideau se ferme.

NOTE

La « Tétralogie » a un défaut singulier : elle est construite sur les mythes les plus grossiers et incohérents qui soient connus. Les fils de Scanda et d'Odin marquent les variétés de la brute et non les différenciations du type humain.

L'anthropomorphisme aryen en diminuant ses dieux par les passions humaines, en développant le conflit de leur désir avec le destin, les concevait au moins immortels en leur principe. Pécheurs comme des hommes, ils expiaient comme eux, et leur divinité demeurait. Devant la culture latine et le sens des mots employés, ces dieux qui finissent, qui s'encrépusculent, déroutent le clair entendement des civilisés : la fin des dieux n'a jamais eu un sens compris d'aucune race. Ce fléau du monde, le patriotisme, a jeté Wagner dans le mythe prétendu national, et les siffleurs parisiens ont forcé ce génie à repasser le Rhin.

Ce point de vue philosophique écarté — et chez Wagner il convient toujours de ne pas mêler l'idéologue inconsistant au réalisateur sublime, — on se trouve en présence d'un tel monument, qu'il faut d'abord s'agenouiller.

Les quatre partitions del' « Anneau » sont reliées musicalement par la méthode du leit motiv.

Le motif des Nixes et de la paix des eaux qui ouvre l'œuvre reparaît à la fin du crépuscule avec les nixes ellemêmes.

Parmi les thèmes caractéristiques du « Rheingold », les principaux sont la paix primitive, l'inconscience des nixes, le destin, la puissance de l'or, le charme de l'anneau, la renonciation à l'amour, la majesté du Walhall, la malédiction du Nibelung, le charme de Freia et de ses pommes d'or, la brutalité des géants, le motif de Logue le subtil, la forge de Mime, le casque Tarnhelin..

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