‹ Le théâtre complet de WagnerChapitre 160 sur 166 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les écuyers à gauche portent la litière d'Amfortas ; une châsse les précède soutenue par les pages. Le cortège va au fond de la scène. Une couche surmontée d'un baldaquin reçoit Amfortas. Devant lui un autel où les pages déposent la châsse.

Des voix adolescentes : « Jadis le sang du Sauveur coula douloureusement pour l'humanité pécheresse ; d'un cœur joyeux, je verserai mon sang pour le héros Sauveur ; que le corps de Jésus, qui nous a racheté en mourant, vive en nous. »

Des voix d'enfants au sommet de la coupole : « La foi vit, la colombe plane, messagère du Saint-Esprit. Buvez le vin qui coule pour vous, mangez le pain d'éternité, b

Les chevaliers prennent place. D'une niche voûtée au fond de l'abside, la voix de Titurel : « Mon fils Amfortas, es-tu à l'autel? Dois-jevoir encore le Graal et vivre, ou vais-je mourir, n'étant, plus nourri par le Sauveur? »

Amfortas crie son désespoir. « Découvrez le Graal ! » ordonne la voix de Titurel. Amfortas arrête les enfants qui déjà obéissaient. Parsifal porte la main à son flanc comme s'il ressentait la douleur dWmfortas. « Nul ne* connaît le tourment qu'éveille en lui le même spectacle qui les enivre. Sa blessure n'est rien, mais célébrer en état de péché! A lui, seul pécheur de l'ordre, de garder la plus auguste relique et de bénir les purs. Incomparable châtiment qu'impose le miséricordieux offensé . Il aspire au salut, du fond de l'âme ; il veut revenir à lui. Un rayon descend ; la châsse est découverte. Le vase précieux s'embrase d'un céleste éclat. Angoisse devant la plus céleste volupté, le sang divin se répand dans son cœur et alors son propre sang "reflue , impétueux, affolé sous la hantise des concupiscences, et sa plaie du côté se rouvre, pareille h celle du Rédempteur d'où le pleur de Dieu coula sur l'indignité humaine. « Défenseur des biens infinis, gardien du baume rédempteur, je sens le péché brûler mon sang, et nulle pénitence ne tarit le renaissant désir. Pitié ! « que je meure pour renaître purifié. » Il s'affaisse. Les voix adoles-

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centes : « L'intuitif de charité, le pur ingénu, attendsle, mon élu. » Titurel objurgue encore. Enfin, Amfortas se lève, les pages découvrent la châsse d'or et en retirent une coupe antique de cristal qu'ils posent devant Amfortas.

L'obscurité envahit l'àbside tandis que l'officiant se prosterne devant le calice.

Voix des enfants : « Prenez mon corps et mon sang au nom de notre amour, en mémoire de moi. » Un rayon étincelant descend sur le Graal et le rend incandescent. . Amfortas l'élève et le balance comme un ostensoir, puis il consacre le pain et vin .

« Comme le Seigneur nous salue lumineusement aujourd'hui ! »

Amfortas dépose le Graal qui pâlit à mesure que la lumière revient. La châsse fermée, les pages prennent de grandes aiguières et deux mannes de pain et remplissent les coupes et distribuent les pains aux chevaliers qui s'assoient. Gurnemanz fait signe à Parsifal de venir à côté de lui, mais l'ingénu semble ne pas comprendre : Amfortas ne prend nulle à part la communion. Voix d'enfants : « Le vin et le pain de la communion ; le Seigneur du Graal, par sa charité y infusa le sang qu'il a vçrsé, le corps qu'il a sacrifié. Le sang et le corps divins sont transformés, par l'esprit d'amour, en ce vin que vous buvez, en ce pain que vous mangez. » Les chevaliers reprennent : « Prenez ce pain, transformez-le en courage et vaillance, fidèles jusqu'à la mort, intrépides dans les

peines, accomplissez les œuvres du Sauveur ; prenez ce vin, transformez-le en ardente vie et, frères, combattez avec un pieux courage.» Ils s'embrassent alors : « Bienheureux dans la foi, bienheureux dans l'amour. » Les cloches tintent de nouveau. Tous escortent la châsse et la litière d'Amfortas comme à l'entrée et sortent, lentement. Parsifal, qui depuis le cri d'Amfortas tient la main crispée sur son cœur, ne bouge pas.

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