‹ Le théâtre complet de WagnerChapitre 43 sur 166 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Daland, les matelots, les jeunes filles, sortent de la maison. Le Vaisseau Fantôme appareille. « Interroge toutes les mers, le marin connaît ce navire, effroi des bons chrétiens ; on m'appelle le Hollandais volant. »

Il arrive à son bord avec rapidité au milieu des cris de l'équipage. Stupeur des assistants. Senta échappe aux mains de son père et d'Erik. Elle atteint une pointe de rocher et de là crie à haute voix au Hollandais qui s'éloigne :

« Gloire à ton ange libérateur ! Gloire à sa loi ! Regarde et vois si je te suis fidèle jusqu'à la mort. »

Elle se jette dans la mer ; au même instant, le navire hollandais s'abîme dans les flots.

On voit, dans le ciel, s'élever au-dessus de la mer, en apothéose, Senta et le Hollandais enlacés.

LES XF OPÉRAS

NOTE

M. Chaliemel-Lacour a très bien traduit, dans ses quatre poèmes d'opéras, le Hollandais volant. Au point de vue littéraire, le second acte dépasse de beaucoup les autres. La ballade chantée par Senta et l'arrivée du maudit sont les points culminants de l'intérêt esthétique. Le personnage d'Erik, n'a pas l'insuffisance ordinaire des amoureux éconduits : déjà paraît le grand psychologue qui donnera tant de style et de grandeur à l'amant non aimé, à Wolfram de Tannhauser, au roi Mark de Tristan.

Avec le Hollandais se dévoilent deux^caractères que l'œuvre accentuera toujours de plus en lui : l'idée de charité, le don de soi pour autrui et le parti pris légendaire dans le choix et l'économie des poèmes.

On est déjà en présence d'un maître supérieur aux écrivains de l'opéra, mais le réformateur de l'art scénique se cherche encore.

Du reste, son œuvre se trouve plus réalisée dans le poème que musicalement. Certes, le double chœur des Norwégiens et des matelots fantômes en leur contraste, vaut étonnamment: la musique se subordonne à l'action et môme au mot. Le leit motive, cette méthode si logique, si lumineuse, ce moyen sans égal d'émotion esthétique, apparaît déjà, quoique non systématisé.

On remarque aisément, à l'audition, le motif sinistre du Vaisseau Fantôme, celui de la malédiction, la phrase descriptive de Daland, la rédemption par l'amour et la transfiguration des héros.

3i LE THÉÂTRE DE WAGNER

Wagner avait épousé en 1837, la très jolie actrice Minna Planer.

C'est avec elle qu'il s'embarqua à Pillau, à l'embouchure du Friochestoff, pour Londres.

La traversée, qui dura trois semaines, fut pleine de péripéties et de dangers. Wagner vécut de la vie du marin, en péril pendant des jours entiers: il vit la formidable colère de l'Océan ; et au milieu de circonstances si propres à impressionner un artiste de cette vibratilité, les matelots lui racontèrent la légende du marin errant, qui blasphéma et fut sauvé par l'amour d'une femme fidèle jusqu'à la mort.

Mais il écrivit l'œuvre dans des conditions d'existence lamentables.

Venu à Paris au printemps de 1839, il avait dû faire des transcriptions pour l'éditeur Schlesinger, et des articles aux revues musicales.

Il ne connutguère qu'un confrère, Hector Berlioz; mais il fut frappé sans doute de cette idée de la symphonie avec programme, et par le mouvement sonore des timbres. On sent cette dernière influence, dans l'ouverture du Hollandais Volant. M. S. -G. Freson, dans sa remarquable Esthétique de Wagner, signale comme influencées par Berlioz l'ouverture du Christophe Colomb d'Apcl, commencée à Magdebourg,mais réinstrumentée en 1810 à Paris, et la belle ouverture pour Faust.

Le récitatif dans le Vaisseau Fantôme n'approche pas même un instant du style de Gluck. L'idéalité de Wagner ne se dégagea que par efforts successifs, et l'admiration doit oser le dire, puisque toute critique s'inspire des chefsd'œuvre qui survivent. À partir de Tannhàuser et deLohengrin, WTagner ne connaît plus d'autre rival que lui-même ; le plus hérissé des Aristarque ne peut lui opposer personne : Lohengrin serait la merveille sans Tristan, et la Tétralogie s'appellerait l'ostensoir sans Parsifal.

11 y a quelque consolation pour ceux qui viendront peiner a leur tour, pour idéal manifester en constatant que le plus grand homme de ce siècle, lui aussi, a commencé, essayé, hésité avant l'essor.

Pour le wagnérien, le Vaisseau Fantôme, à part des passages admirables, s'enveloppe de plus de piété pour Fauteur de ce qui suivit, que d'enthousiasme pour l'œuvre en elle-même.

Même l'étape, entre « Rienzi » et « Tannhauser », ne s'égale pas aux suivantes enjambées de ce géant du drame musical.

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