V. 119-163] DE PLVTON
Influer la victoire aux tiens de ton aspect,
20 Et conjoindre Tardeur de bien faire au respect, Imagine qu'alors tes Germains volontaires Offriront à l'enuy leurs Sceptres tributaires,
23 Qu'vne triple Thiare honorera ton front, Reste de te résoudre auantureux & pront.
PLVTON.
Tes robustes raisons redoublent mon courage;
26 Va souffler dans leur sang les meurtres & la rage, Va m'enroller tous ceux, que tu m'as remarquez Ne démordre iamais du combat attaquez,
29 Que Bellonne a nourry de sang par les alarmes, Qui n'ayment que le feu, la discorde, les armes. Va, dépêche, il me plaist, ie le veux, ie l'ay dit,
32 Rien ne reuoquera d'orenauant l'Edit. LACHESE.
Ha! suprême Recteur des ombres sépulcrales, Pour qui nous deuidons les quenouilles fatales,
35 Roy des profondes nuicts, qui prestes aux viuans Dequoy se reparer pour les aages suiuans. Amateur de la paix, du repos, du silence, [8]
38 Reprime les fureurs de ceste violence. Ne croy la passion flateuse qui te ment, Qui te veut éblouir les yeux du iugement,
41 [nfractaire ne romps l'aliance gardée
Sur le fantasque object d'vne amoureuse idée: Oncques guerre entreprise indiscrette & à tort
44 Ne donne à ses autheurs l'assistance du sort. Demande à lupiter au nom de l'hymenée Vne femme, aussi tost ie la pleige donnée,
47 »L'amiable douceur doit première marcher, Refusé tu aurois lors dequoy te fascher.
PLVTON. [nés,
Comme vn vent orageux qui tourmentoit les plai-
50 Dessous vn peu de pluye appaise ses haleines, Tombe a coup abatu: ny plus ny moins ie sens Ta sage opinion de ses charmes puissans
53 Amortir le flambeau de ma rancune éprise, l'approuue cet auis que la foy m'authorise, Mandez viste Mercure, afin que député,
56 Le crime d'agresseur ne me soit imputé, Qu'on voye que de gré nos pacts ie ne viole, Qu'il porte Ambassadeur au Tonnant ma parole.
59 Ha! le voicy déjà: facond nepueu d'Atlas,
Qui pitoyable sers aux mourans de soûlas, [9]
Interprète des Dieux, dont la bonne fortune
62 Rend au Ciel & ça bas la Deïté commune, Fen le vent, fen les airs, & loyal messager
14 LE RVVISSEMENT [v. 164-210
Oy Taffaire duquel ie t'ay voulu charger,
65 Rapportant ces propos au Maistre du tonnerre : Ton Germain relégué aux gouffres de la terre, Demande à quel suject tu pretens de vouloir
68 D'vn bon-heur absolu sur luy te preualoir, L'estimer comparé moins que le plus infime, Moins qu'issu de Saturne enfant illégitime,
71 lusques à le priuer d'vne espouse moitié, Luy enuier les fruicts d'vne chaste amitié, Contre la paction qu'il iura solemnelle
74 Quand l'orgueilleux obtint la place paternelle; Sçache si son audace vn fondement a pris Sur ce qu'il ne me croit régir que des esprits
77 Dépouillez de vigueur, de courage & de force, En la diuision de leur pesante escorce: Si logé dans l'azur des Palais Etherez,
80 Que ceint vn Zodiaque, & ses Astres dorez. Que Phœbus chaque iour honore de sa ronde, Qui fait vn marchepied de la machine ronde,
83 Si confit dans le miel des moles voluptez,
Rauisseur coutumier des plus rares beautez, [10]
Outre le lict iugal de sa propre Germaine,
86 Tantost glisse fuitif au sein de la Thebaine, (Ta mère ie ne veux du nombre diffamer) Maintenant chez Thetis qui domine la mer,
89 Chez la blonde Ceres, des humains nourricière, D'enfans au demeurant la douce pépinière, A couronné ses vœux, & pour le dire bien,
92 En l'Empire des morts ie ne possède rien.
Et mon Thrône abysmé dans la nuit des ténèbres, le n'auray de plaisir que les plaintes funèbres
95 Des Mânes qui chez moy se purgent des forfaicts, Comme égoust de misère, en l'autre monde faicts: Et parmy ces trauaux de nature infinie,
9g Encore il m'ôtera l'amoureuse armonie
De deux corps animez d'vn' ame & d'vn désir? Il me tiendra forclos de l'vnique plaisir? j Va, dy-luy que si tost l'offense on ne repare, Vne guerre & aux siens mortelle ie déclare; Dy-luy, si le passé n'amende son erreur, ^ Ma longue x^atience attirée en fureur. Que la nuict du Cahos derechef épanduë, A Saturne, aux Titans la liberté rendue, 7 l'armeray l'Acheron, les Parques & la Mort, Plustost que de souffrir dauantage ce tort. [in
MERCURE
Souuerain de l'Erebe, a ce couroux extrême, 10 II me semble, confus, que tu n'es plus toy-mesme,