‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 2)Chapitre 135 sur 203 · SIRENE, DOM FELIX, ADOLPHE · texte numérisé non relu

SIRENE, DOM FELIX, ADOLPHE

LVPOLDE, FERNANDE.

TROVPE DE BERGERS.

FELISMENE en bergère.

^yOns auez sceu Bergers la tragique auanture 10 \/ D'vn Amour incroyable à la race future, * Amour funeste Amour, plein de fiel & de pleurs,

Amour qui m'a produit des épines sans fleurs, 13 L'issue neantmoins me contente prospère,

Puisqu'icy loin d'ennuis, de soin, de vitupère,

Mon exil a trouué l'âge d'or qui reuit, 16 Puisqu'icy mon désir libre ne s'usseruit,

Puisqu'icy les presens de la féconde Astrée

Semblent a qui mieux, mieux honorer la contrée, [371] 19 Flore toujours nouuelle y tapisse les prez,

Vos champs ne sont que lys, que thim, qu'oeillets pourprez

L'herbe grande toujours abonde en vos pacages, 22 La verdure toujours fait ombre à vos bocages,

Où ses plaintes toujours Phylomele redit,

Où de venir iamais l'Hyuer ne s'enhardit, 2ô Où les chesnes de miel, & sans labeur d'auettes

Dégoûtent nouriciers sur le sein des fleurettes,

Terrestre Paradis où l'innocent Amour 28 Véritable Elizée establit son séjour.

Ah ! que ie te beny auec ta saincte bande

Qui me daigne tirer d'auersité si grande.

182 FELISMENE. [v. 1431-1473

DIANE

31 Elle tient belle Nimphe à suprême bon-heur, Que d'habiter icy tu luy faces l'honneur Ta présence éjouit ces bois & ces campagnes

34 Qui te deussent choisir les Dryades compagnes, Qui nous fais souuenir du temps qu'vn Dieu Berger Exilé conuersa le peuple bocager,

37 Sa veuë produisoit les herbes salutaires

Aux troupeaux affranchis de bestes sanguinaires, [372] Affranchis du venin qui nuit contagieux,

40 Et qu'vn Sorcier malin décoche par les yeux. Telle tu nous parois, voire plus fauorable, Dont sans fin le beau los fleurira mémorable.

DANTE

43 Nompareille beauté qui surpasses l'humain, Que la perfection fabriqua de sa main, Règne sur nous Pallas, & Pales tout ensemble,

40 Les discors composez ainsi que bon te semble, Discords que Cupidon par manière d'ébats Nous suscite n'ayant qui l'occupe ça bas,

49 Dûarde que tu vois aussi fiere que belle. Apres m'auoir aymé s'émancipe rebelle, Méprise mon seruice offert candidement,

52 Et n'a de ce mépris qu'vn léger fondement, DVARDE.

Arbitre écoute donc, ô céleste estrangere, Et apren ce qu'il nomme vne cause légère:

55 Le superbe iadis mon ame captiuoit.

Mais quoy ? la sienne alors chés vn autre viuoit, Les complaintes, les pleurs, les prières perdues,

58 Les preuues d'amitié inutiles rendues,

lusques à négliger pour les siens mes troupeaux, [373] Les siens que ie menoy aux plus herbus coupeaux,

Ql Mes brebis cependant ça & là dispercées A la mercy des loups, sans pasture laissées, Diuers d'affections en telle sorte auint

54 Qu'au grade coniugal ma riuale paruint,

Courte ioye, d'autant qu'après fort peu d'espace Mon homme laissé veuf la voila qui trépasse,

gY L'impossible depuis mes fiâmes amortit. Même que du passé le cœur se repentit. Telle erreur dans l'oubly du tout enseuelie,

70 Au lieu que l'indiscret réueille sa folie,

Veut ce qu'il ne peut plus, & ne pourra iamais. Or voy de prononcer la dessus désormais. SIRENE.

73 Diane qui d'vn train,

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