‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 2)Chapitre 150 sur 203 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

DORISE, LICANOR.

DOKISE.

OCieux que ma douleur éprouue d'allégeance, Depuis l'exécution de sa foible vengeance. Depuis que ce parjure infidelle a receu Le suprême décret de ma volonté sceu,

55 Que mes auides mains ont le feu pour supplice A ce papier donné de sa fraude complice. Tel Caribde affranchy , Dorise pourrois-tu

58 Derechef te soubmettre au péril combattu,

Rien moins, Diane fuy le commerce des hommes Tout fardez de courage au dur siècle où nous sommes,

61 Licanor toutesfois, quoy que proche parent. Se monstre de nature a luy plus différent Qu'vn Lyon généreux du Renard qui se glisse

64 Toujours en peur, ou croit profiter sa malice, [124] Mais à le figurer quelque chose de plus. Ne te rempestre aussi d'vne nouuelle glus,

67 Point, cette humeur me plait ouuerte, magnanime Cas Obtrange, vn penser après l'autre l'anime. Sus retranche leur donc le cours pernicieux:

70 Mais voyez que l'Amour archer malicieux. Représente l'objet redouté de mon ame, Qui les approches sent d'vne seconde flame,

73 0 pitoiable Ciel ! enuoie moy la mort

Plustost que retomber dessous le même sort.

LICANOR.

L'Arrest de son exil prononcé bouche à bouche,

75 Immobile d'abord, plus muet qu'vne souche. Ce trompeur découuert fulmine maintenant. Menace tout le monde , à part soy forçenant,

79 A peu proz comparable au m.itin qui abboye Contre la Lune après auoir perdu sa proye. Où au Loup affamé qui hurle de coiu'rous,

ort Si tost que le Pasteur sa Brebis a recous, L'Ixion trébuché du Ciel de vostre grâce, Vn véritable amant vous demande sa place,

206 DORISE. [v. 585-620

85 Vn qui a beaucoup moins de discours que d'effet, [425] Vn Phœnix en constance amoureuse parfait:

DORISE

Le moyen qu'éperdue après ce coup d'orage,

88 Qui tremblotte, qui n'ay ne force ne courage, Neptune me retienne à la mercy des flots, Vn péril retenté premier que d'estre clos?

91 L'honneur directement répugne à telle enuie, Fanal perpétuel qui guidera ma vie:

Quelque temps écoulé alors ne dis je pas

94 Que le désir ne croisse & ne gouste à l'appas,

Telle action de soy louable, vertueuse. Qui légitime n'a sa fin voluptueuse, 97 Précipite ne peut naistre hors de propos,

Ne peut que vous causer de l'aise & du repos;

DORISE

Telle action mérite à loisir digérée, 00 lusqu'à l'extrémité se traisner différée. Mérite iour d'auis qui ne voudra sentir D'vne première faute vn second repentir. LICANOR.

3 Que le temps sur ma foy tire l'expérience, Pourueu qu'vn rais d'espoir aide ma patience, [426] Que les chastes faneurs de l'Amante à l'Amant 6 Modèrent vn brasier sans cesse s'enflamant. DORISE.

Voila capituler trop tost pour le salaire, Qu'vne Dame au labeur disperse volontaire.

LICANOR.

9 Ha! combien le forçat proche des ennemis Rame mieux , vn guerdon de liberté promis.

DORISE

Suffit que mon humeur l'ingratitude abhorre, 12 Quiconque la connue est a s'en plaindre encore. LICANOR.

Vous me permettrez bien vous reuoir chaque iour Beau temple, où se rendront les vœux de mon Amour? DORISE.

15 O^^y» ouy qu'a cela près le Ciel en qui i'espere, M'inspire de mon mieux, & vos desseins prospère:

LICANOR.

0 parolle diuine! oracle gratieux!

18 Plus a moy qu'vn Empire asseruy, précieux.

Passe-port qui me vaut désormais la franchise [427] Qu'obtint la pieté du braue fils d'Anchise,

21 Qui dans ces Elisez Amoureux m'introduit

Où ne se trouuent point ne d'hiuer, ne de nuit.

DORISE

(()uelque espion pourroit d'vne embusche impourueuë

24 Surprendre nos discours, a demain la reueuë, Demain à la même heure, enuiron sur le soir, Ne manquez à venir, vous consolant d'espoir.

LICANOR.

27 Adieu mon beau Soleil , précipite ta ronde, Si tu desires vif me retrouuer au monde, 0 long siècle à qui souffre & porte la dedans

30 Des Vesuues cachez, & des fourneaux ardens!

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