‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 2)Chapitre 155 sur 203 · SCENE IL LICANOR, DORISE · texte numérisé non relu

SCENE IL LICANOR, DORISE

LICANOR.

M On arae vous dira que l'affection lasse De voir ses feux glisser sur vne dure glace oo Commence à deuenir, non plus froide, mais bien

Désirant ne sçay quoy de plus ferme lien, Le Laboureur contraint laisse en friche la terre, 36 Qui l'espoir de Ceres au Printemps ne desserre,

Si du butin conquis on luy soustrait sa part, [446] 39 Qu' vn ouy proféré pure & simple parole. Au seruice amoureux de Dorise m'enuoUe, Et que ie souffre après tout ce qu'elle voudra: 42 Ma douleur par la voix iamais ne se plaindra.

DORISE

Mes prodigues faneurs d'heure à autre plus grandes

Font que plus importun de même tu te rendes;

45 Ainsi moins désaltère & se creuse vn tombeau

L'hydropique , tant plus on luy augmente l'eau.

0 les froides faneurs, puis que ma bouche n'ose AQ Recueillir vn baiser sur ces lèvres de rose !

DORISE

Témoin qu'hier au soir surprise traistrement Tu m'en dérobas deux:

LICANOR.

Qui ne peut autrement?

DORISE

51 Où la force absolue exige le salaire,

De recompense après il n'est besoin de faire.

216 DORISE. [v. 953-992

LICANOR.

Où réside vaincœur vn véritable Amour, [447]

54 Sans surprise & sans force on moissonne à son tour.

DORISE

Non premier que le champ du nOpcier Hymenée, Ainsi que meur, en ait la licence donnée,

LICANOR.

57 Ma sainte vueille donc presser l'occasion,

Ne fay plus que nostre heur semble vne illusion, L'âge fuit à grands pas, subtile larronnesse

60 Des solides plaisirs que produit la ieunesse. Ta mère qui te croit ne te dédira point Du lien proposé qui nos raoitiez conjoint,

63 Où si tu le permets, ma plus humble prière Luy en fait de ce pas l'ouuerture première.

DORISE

Ce deuoir t'appartient, dire ma volonté

66 Parauant qu'informée est vn trait effronté; Or afin que l'effet découure ma pensée, Qu'on ne m'estime plus insensible & glacée,

69 Ne pren terme plus long que ce soir a venir Auec peu de labeur ta demande obtenir, Quelque propos déjà la tiennent asseurée [448]

72 D'Vne amitié secrette entre nous conjurée, Tu trouuerras vn arbre ébranlé que t'abat Le moindre petit coup par manière d'ébat.

LICANOR.

75 Ne crain plus lupiter, que mon heureuse vie Porte à ton alliance, ou à ta gloire enuie. Content, voire content & plus que satisfait,

78 Ma félicité n'a rien qui manque imparfait : Mais baiseroy-ie point d'hommage cette bouche, Qui monstre maintenant que ma langueur la touche ?

81 Qui prononce l'Oracle ainsi que ie le veux, Qui méleue immortel au comble de mes vœux, Tu me confirmeras vueilles où non la chose

84 D'vn baiser languissant pris à leure déclose, L'ostage me suffit, ostage pretieux.

Qui me consolera l'eclipse de tes yeux.

DORISE

87 Téméraire m'vser de telle violence?

Escoute, mon humeur n'ayme pas l'insolence.

Ne t'émancipe plus à cette priuauté, 90 Où tu m'éprouueras la même cruauté,

Possible que quelqu'vn espion nous regarde, [449]

Ainsi ma renommée vn moment le hazarde.

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