V. 1205-1240] TRAGI-COMEDIE
Veux-tu que ie retourne implorer ^ niercy? SIDERE.
6 Poiirquoy non? l'équité te le couunande ainsi, SALMACIS.
L'équité son pareil ores luy apparie, L'équité ma raison letargique a guarie.
SIDÈRE.
9 Apres toy Licanor préférable me plaist, SALMACIS.
Et son idée après la tienne me repaist, Dorise sans Sidère auroit place en mon ame, 12 Mais l'Amour coniugal ne diuise sa flame. SIDERE.
Vuidons vn autre point, orsus tu me promets Ne couuer de rancune encontre luy iamais, 15 Qui riual te supplante heureuse perfidie,
Ruse à moy proufitable autant qu'à luy hardie.
SALMACIS
Que semblable soupçon te sorte du penser,
18 Ma vindicte ne tend qu'à le recompenser,
Toutes les fois qu'Amour tes lumières m'oppose, La honte du passé le silence m'impose,
21 Immobile, confus, ébahy que le sort [464]
Sur l'intellect humain puisse agir le plus fort, Qu'vn siècle m'a tenu sans veoir la diti'erence
24 Ûe deux beaut^z qui n'ont rien plus de conférence, Que la rose vermeille à ces fleurs qu'au printemps Communes sous les pieds on foule parles champs;
27 Ta fraude Licanor salutaire mérite,
Que rendu possesseur de ma chère Carite, l'erige à ta mémoire vn temple somptueux,
30 Où ce miracle peint délectera les yeux. On mettra donc auprès d'ordre la jalousie De Dorise troublant la vague phantaisie,
33 Qui son chef dépouillé d'vn Myrthe glorieux, Le pose sur le mien comme victorieux, 0 Amour! ô Amour que ta faueur extrême,
36 Mais qui là bas rauy de merueille en soy-méme, Leue la veuë au Ciel? écoutons le parler, La ioye dans le cœur ne se peut plus celer. CLEON.
39 0 superbe appareil digne de l'alliance ! SIDERE, le me doute que c'est ma riualle fiance.
224 DORISE. [v. 1241-1277