SCENE III
ARGAS, MELITE.
ARCAS
PAuure Berger tu te trompes de croire Que ton Amour s'acquière la victoire, Tenu cra[i]ntif en sa flame couuert.
Le cœur sans plus aux complaintes ouuert, ,5 Ce petit Dieu qui tous les autres domte, Est de nature ennemy de la honte, Fauorisant ses soldats, qui hardis
232 CORINE OV LE SILENCE [v. 108-144
8 Suiuent le siècle innocent de iadis,
Lors que pressez de l'amoureuse rage,
Dessus la langue on portoit le courage 11 A la beauté qui captifs nous tenoit,
Si que dés l'heure aux effets on venoit:
Bel âge d'or, siècle heureux, hé de grâce 14 Repren chez nous ton Empire & ta place,
0 vains regrets! ô souhaits ocieux!
Mais vois-ie pas ce Soleil gratieux, [481]
17 Ce parangon des Nymphes bocageres,
Cette beauté, l'honneur de nos Bergères,
A chef baissé qui picore les fleurs?
20 Ouy, ie luy vay redire mes douleurs,
Luy redonner ma prière zélée,
Auec vn peu plus d'audace mêlée.
MELITE
23 Fils de Venus que deuote ie sers.
Duquel ie prise & reuere les fers, Prince des Dieux qui peuples ce grand monde 26 Vien fauorable & ma dextre seconde.
AllCAS.
A la bonne heure elle inuoque l'Amour,
MELITE
Et me saunant la lumière du iour, 29 En ce boucquet où repose ma vie, Me fay par luy triompher de l'enuie.
AIICAS.
L'obscurité de ce propos confus 32 M'estonne autant qu'onc estonné ie fus. MELITE.
le veux auoir premier que ie le lie De toutes fleurs vne paire cueillie. [482]
ARCAS
35 Elle tend là de sorte ses espris
Que l'on diroit vn chef-d'œuure entrepris: le ne sçaurois te plus voir en la peine, gg Sans t'assister dédaigneuse inhumaine. MELITE Mon cher Arcas depuis quand es-tu la?
ARCAS
Mon cher, ô Dieux le beau nom que voila! 41 Toy, depuis quand me cheris-tu cruelle? L'antique erreur te suit perpétuelle Pour me tenir suspecte sans raison, 44 De te hair: