SCENE III
GERES, ARETHVSE.
6'd nr^'Ennuis, de soins, de maux, de douleurs oprimée, I iD'vn friuole trauail recreuë & consommée,
-*-^ Forclose d'espérer alegeance qui soit, 66 Contrainte de quiter l'espoir qui me déçoit.
Helas ! chetiue ! helas ! quel p.irty dois-ie prendre,
Où pourray-ie le sort de ma Captiue aprendre? 69 Mes pas ont tournoyé la Sicile trois fois.
Les Fleuues visité, les Antres & les Bois,
Les peuples informé de Prouince en Prouince, 72 Incertaine a présent comme auant que ie vinsse;
S'enquérir des mortels? ô grande absurdité!
Les Célestes ayans ce mal prémédité, 75 Eux-mesmes atitré le brigand de ma race,
Eux-mesmes du forfait entériné la grâce:
Titan Père du iour, gloire du Ciel voûté, 78 Tu as de mes douleurs l'amertume goûté.
Lors que mauuais Cocher ton Fils brûlé du foudre, [(58]
Cuida des Elemens la concorde dissoudre, 81 Que tu vengeas sa mort, emporté de ton dueil,
Clair Phœbus qui vois tout, et fais voir de ton œil,
Mesure, aime flambeau, ma misère à la tienne, 84 Ne soufrant, receleur, que plus on la détienne.
Montre, declare-moy le lieu de sa prison.
Ha! tu es du complot de ceste trahison! 87 Les soupirs maternels ne retardent ta course,
Qui scait si tu serois leur principale source?
Voleur des chastetez ordinaire éfronté, 90 Dangereux à l'éfort, malin de volonté,
Ton Oracle menteur couuriroit ta luxure:
Cherche, Cybelle, ailleurs, qui de ta peine endure, 9;j Qui daigne vertueux le vice déceler.
Mais non pas chez les Dieux de l'Olympe & de l'air.
Voyons si dans l'horreur de ces forests époisses, 9(j Plus de pitié pourra adoucir nos angoisses.
Si parmy les Lyons, les Serpens, & les Ours
Nous ne trouuerons point de plus présent secours, 99 Si d'auanture Echo de ma plainte frapée [69]
N'en reueleroit rien, ou bien quelque Napée.
0 stérile confort, ô débile soûlas, 2 Duquel au desespoir nous nous semons, helas!
le n'ay plus qu'essayer de remède solide:
Mais i'entreuoy là bas quelque Nymphe timide, 5 Qui faute de conoître, & de me discerner,
44 LE RAVISSEMENT [v. 1306-1340
Entre ces arbrisseaux tâche à se détourner, A moy, qui que tu sois, à moy, ne pren la fuite, 8 Diane la priant ne ni'auroit éconduite. ARETHVSE.
Déesse, pardonnez à la peur qui me suit, [bruit, Seule en ces lieux déserts ie tremble au moindre
11 Nous n'osons plus aler sinon de compagnie, Tant dessus nostre troupe vse de Tyrannie Pan qui soufre les siens aux filles s'adresser,
14 Et de leur deshonneur bien souuent les presser: Las! encore depuis vn malheur que ie n'ose Remémorer depuis, vue Métamorphose.
17 Ah! belle Vierge, honneur du troupeau Delien, le te méconoissois, & tu m'excuses bien, Veu l'extrême douleur de ma récente playe,
20 Ta Maîtresse en retient la conoissance vraye, [70] Dy , de grâce , estois-tu auec elle le iour Qu'on ma si faulsement ioiié ce mauuais tour,
23 Me garde lupiter, qu'onques ie te soupçone, Le Soldat ne peut rien où son Chef en persone Absolument commande; or voudrois-ie sçauoir
25 Que tu peux seulement par coniecture voir? ARETHVSE.
L'accident si subit d'vne force impourueuë M'ôta le iugement, la parole, & la veuë. GERES.
29 Quelle distance estoit à l'heure du malheur, Entre toy, ie te prie, & l'infâme voleur?
ARETHVSE.
Cent pas, ou enuiron, mais certaine valée,
g2 Outre l'épaisse nuit sur nos yeux deualée, Des Tonnerres lâchez, des tourbillons venteux Ensemble m'ont rendu le spectacle douteux.
GERES.
35 N'auois-tu rien oûy de ce complot entre elles?
ARETHVSE.
Pour deux vous vous trompez de les croire infidelles.
GERES. [71]
L'aparence pourtant le donne a preiuger. ARETHVSE.
38 le sçay qu'elles mourroient auant que d'y songer. GERES.
^Quiconque aura prêté sa présence à vn crime, »Ab8ous n'échapera du blâme légitime.