ACTE I
PIZARE, ESTEFANIE, LEOGADIE.
PIZARE
L'Homme s'affranchiroit en sa course mortelle, Des malheurs infinis que le destin reuelle. 3 Sy ce voile du corps qui couure nos esprits.
Des songes n'empéchoit les présages compris, Sy cest hôte importun en sa masse pesante Q Leur vol ne rabatoit quand quelqu'vn se présente. Mais accusons plutôt mille horribles péchez Qui nous ont ces presens célestes retranchez, 9 Depuisque l'âge d'or à vn pire fit place, Car ores le cristal de la meilleure glace [112]
Ne rapporte pas mieux les obiects différents, 12 Qu'alors chacun lisoit ses destins apparents. De Morphee-enuoyez, chez qui (chose notoire) La porte ne s'ouuroit qu'on appelle d'yuoire, 15 Porte fallacieuse ouuerte aux songes vains
Qui perdent mal conceus, les crédules humains: Las! du mien désastreux l'augure prophétique 1 g Se reclame vn moment de ce bon-heur antique, Vn moment qui voulut inspiré m'auertir Comme on doit ce succès funèbre diuertir.
ESTEFANIE.
21 Vous m'auez mille fois & mille autres reprise D'vne folle créance à des friuoles prise, D'vne peur chimérique en ses illusions.
24 Qui troublent le sommeil auec leurs visions : PIZARE.
La femme vn excrément imparfait de nature, Songe ainsi qu'elle parle en l'air, à l'auanture. ESTEFANIE.
27 Pauure femme touiours foulée , & sans raison, Qui peut à l'homme en tout faire comparaison.
PIZARE. [113
Ouy comparable autant que quelque estoille sombre 30 A l'astre de nos iours, ou qu'vn corps à son ombre: ESTEFANIE.
Soit, mettons le plus bas, & me dites Monsieur Quel spectre vous imprime vne telle frayeur. PIZARE.
33 Non frayeur autrement que la bonté suprême Sur ce léger sujet ne dissipe de mesme,