V. 964-1001] TRAGI-COMEDIE
Tout malade qui tient son médecin douteux,
N'a garde de guérir: & puis ma grand amye, 66 La plus fiere poison se dissipe vomie,
Comme font les ennuis que Ton reuelle exprez,
A ceux qu'on croit pouuoir les alléger après, (j9 Or chez vous acceptée & du nombre tenue,
A qui l'ame paroist en la parole nuë,
A qui l'expérience apprit auec les ans, [^69]
72 Maints charmes naturels d'efficace puissants,
Contre la cruauté de l'aueugle fortune,
Pourquoj se rendre plus défiante importune? 75 Ouuerte déclarez quel amer souuenir,
Vous fait vne douleur absente reuenir.
LEOCADIE.
Ce vergongneux récit me coupe la parole 78 Me replonge aux fureurs d'vne Thyade folle.
Osera bien ma langue vn discours entamer.
Du naufrage encouru non point en autre uier, 81 Que dans le propre enclos de ceste chambre sombre,
De ce repaire affreux ou m'arriua l'encombre.
Vous vous imaginez choses qui ne sont pas, 84 Vn lieu qu'auant ce iour n'imprimèrent vos pas
Coupable ne sçauroit me mettre en la pensée,
Qu'oncques puissiez chez luy vous prouuer offensée : LEOCADIE.
87 Madame helas ie puis trop à ma volonté.
Le conuaincre d'vn rapt deceleur effronté,
LEONORE. [170
Sy est ce que tousiours au scandale fermée, 90 Nostre maison se tient vierge de renommée, LEOCADIE.
Vn outrage ignoré ne se peut empescher, Et ne peut que l'Auteur d'infamie tacher. LEONORE.
93 Ne me retenez plus sur la gesne estenduë, Vne origine au vray de la plainte entendue.
LEOCADIE.
Las resous toy craintiue, «fc premier que le cours 96 T'engage commencé dans ce honteux discours, Voy que la porie close aucun Argus ne puisse Preuenir ton secret de certaine malice.
LEON' ^RE
99 Nous y auons pourueu, ne craignez nullement, Qu'on ose du logis le penser seulement.
LEOCADIE.
Réduite à ce destin, sçachcz que sept années
92 LA FORCE DV SANG [v. 1002-1042
2 Depuis l'heure se sont dans leur cercle tournées, Qu'auec mes père & mère vn soir après soupper, Ainsi qu'on va les soins iournaliers dissiper, 5 Prendre son passetemps au bord de la riuiere: Surpris doncques voicy qu'vne troupe meurtrière, [171] Enuiron le retour nous attaque esperdus, 8 Se mocque de nos cris parmy l'ombre espandus, Saisit mon géniteur qui n'a plus que l'écorce, Et des bras maternels m'arrache a viue force, Il Vn s'entend, vn des trois qui pasmee en son sein, M'apporte iusqu'icy de l'honneur assassin, louït loup rauissant affamé de luxure, j^ D'vne souche muette insensible à l'iniure. LEONORE.
0 prodige effroyable!
LEOCADIE.
Escoutez ce qui suit, La terreur du forfait le Barbare poursuit, 17 Qui seule m'abdonne après sa violence.
Seule (pi'acompagnoit l'opprobre & le silence. Désespérée, aueugle, vn peu remise en moy, 20 De cris contre le traistre & a'ongles ie m'armoy, Ces bras deçà delà iettez à l'auanture Qui ne trouuant l'Aspic mortel en sa pointure, 23 Qui bazardant mes pas où s'assoir incertains.
Porte de tous costez en la chambre mes mains, [172] Non sans intention de me trouuer dépite, 2(j D'vne fenestre en bas quelque fin précipite. LEONORE.
0 Dieu! bon Dieu pourroy-je auoir produit au iour, Le monstre scélérat qui vous ioûa ce tour?
LEOCADTE.
29 Lasse de tournoicr & ma peine frustrée, Vne image d'Hercule à tastons rencontrée Me demeure en depost, chez qui la vérité,
32 De son Soleil esteint pareille obscurité:
Me demeure tesmoin qui prouue irréprochable, Tant le lieu que l'Auteur de l'acte abominable,
35 Inconnu iusqu'icy, car helas le moyen,
Qu'abreuuant de ma honte vn peuple citoienV
Cessez de m'auerer un crime que i'auouë, 38 Indigne du cordeau, des fiâmes, de la roue,
Vn crime qui surpasse en sa punition
Ce que les plus cruels eurent d'inuention, 4.1 Ce qu'aux esprits damnez decrette Rhadamante:
L'image désormais n'a rien qui la desmonte,