‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 2)Chapitre 75 sur 203 · V. 1183-1226] TRAGI-COMEDIE · texte numérisé non relu

V. 1183-1226] TRAGI-COMEDIE

PIZARE

Phœnix des vertueux, que ne mérite pas Vn dur siècle où le vice a semé tant d'appas,

85 Où la richesse inique, & braue d'insolence Exerce impunément sa lasche violence Sur le pauure opprimé, s'amusant a chérir

88 Vn renom qui le fait déplorable mourir:

Brutal, stupide, ingrat, i'auroy dans la poitrine Au lieu de cœur humain vne roche marine,

91 N'embrassant le parti que vous daignez m'ofFrir, Qui refuse vn secours mérite de souffrir, Ma fille se tiendra plus que récompensée,

94 Et sa pudique fleur à propos despensee, Esclaue de celuj que l'inégalité Ne prouue qu'adorable à sa fidélité

97 Qui ie doute pouuoir sans espèce de crime, [182]

Au grade coUoqu'-r d'espouse légitime.

D. INIGVE.

La faueur mutuelle oblige également;

00 Or chez luy mon vouloir préside tellement, Qu'vn regard de trauers le feroit dessur l'heure Descendre obeyssant où la Parque demeure: 3 L'apparence d'ailleurs, le sujet, la Maison Qu'vne fille bien née, & d'illustre maison, De qui le rustre a pris les pudiques prémices, (5 Endurast sou rebut, nous demeurans complices? Vsant alors du droit qu'eurent ces vieux Romains, le voudroj l'estrangler auec mes propres mains, 9 Impatient de voir vne audace rebelle. Ce double sacrilège exercer dessur elle; Mais il n'en viendra là, je m'escarmouche à tort,

12 Qui de le manier docile me fay tort.

p:stefanie.

Rendez grâce ma fille, a genoux prosternée,

D'vn courage deuot humblement inclinée, 1,5 A ce Seii^neur bénin que suscite le Ciel

Pour conuertir l'amer de nos ennuis en miel.

Qui tire du cercueil après vn siècle esteinte, [183]

]8 Apres qu'on la tcnoit du coup mortel atteinte,

Nostre première gloire, vn si rare bien fait

Mérite des autels dressez à qui le fait. LEOCADIE.

21 le ne sçauroy iamais en langues conuertie,

La faconde du fils de Maïe départie,

Assez remercier vne telle bonté; 24 le ne pren plus de loy que de sa votonté.

Et la vostre Madame, à qui médiatrice,

A qui mon honneur doit fauorable tutrice,

98 LA FORCE DV SANG [v. 1227-1265

27 Sa cheute releuée: au moins, helas! au moins Sy vn tiers acomplit ce bon-heur de tous points.

ESTEFANIE.

Miroir de modestie, autre ame de mon ame, 3Q Croy que Cloton bien tost abbregera ma trame,

Ou que tu te verras stable au sein d'vn espous,

Sa moitié reconnue en présence de tous, 23 Ses délices, son heur, sa chiiste colombelle,

Pourroit-il n'adorer vne image si belle?

Et ne tressaillir d'aise à l'aspect d'vn enfant, 3g Qui de plus redouter le tombeau nous deifend?

Seule i'embrasseray ceste agréable peine

Qu'vn air de gay Printemps ton visage sereine, [184] og Dispose au lieu de pleurs tés désirs a l'amour,

Ores que d'heure à autre on attend son retour.

Que tu es sur le seuil du futur Hy menée; 42 Mais quelque bruit là bas de ioye inopinée,

Et Francisque acourant me l'asseurent venir.

Le suprême en commun de nos vœux obtenir, 45 Voyez qu'vne rougeur Tenuironne soudaine,

Ainsi qu'entre la crainte & l'espoir incertaine. FRANCISQVE.

Monseigneur, vostre fils arriué Dieu mercy 40 Sain & sauf, n'en soyez dauantage en soucy: PIZARE.

Comment acompagné?

FRANCISQVE.

Deux Caualliers d'escorte

Choisis à son voyage entrent dedans la porte. PIZARE.

e, Qu'ils attendent là bas dans la salle, & ne dy

Qu'aucun soit auec nous parlant à l'estourdy. D. INIGVE.

Monsieur permettez moy de gérer l'Ambassade, c- . Que certain stratagème aisé me persuade,

Tandis s'il vous plaisoit ordonner du festin. [185]

PIZARE

Ouy, cela m'appartient ce semble par destin, trj La disposition des banquets comparée

A celle d'vne flotte au combat préparée.

Leur différence gist d'estre en l'vn aux amys pn Aymable autant, qu'en l'autre horrible aux ennemis;

loint qu'vne mère a plus de paroles mielees

De raisons peu à peu dedans l'ame instilees, po Que nous prompts à la main oîi leur témérité

Par vn refus s'attaque à nostre authorité:

Chacun s'aquite donc de la charge entreprise,

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