Y. 1474-1514] TRAGI-COMEDIE
TROVPE DE PARENS.
Preuue excellente & forte
D'vn pieux naturel en ce pauure petit, 7(3 Qui plus de la douleur maternelle patit. LEONORE.
Appaise mon mignard, appaise toy ma vie,
Elle te va baiser comme tu as enuie, 79 Preste de s'éueiller: ma fille, mon soucy,
Alphonse cher espoir que veut dire cecy?
Tout se portera bien, voire le mieux du monde, 82 L'vn & l'autre quitant sa syncope profonde
Commence à respirer: mon fils presque honteux
D'auoir donné d'amour ce présage douteux. ALPHONSE.
85 0 quel estrange charme a surpris ma constance!
Plus elle s'eftorcoit vame de résistance, [200]
A quoy s'imputera l'eflFet de ce venin? 88 Sinon qu'vn masle front cache vn cœur féminin:
Que le courage cède aux premières approches
D'vn object, qui sans doute animeroit les roches; 91 Repren ton asseurance, helas! à son discours
Elle & moy respirons vn mutuel secours.
Ne te repen mon fils d'vne chose bien faite, 94 Ta victoire en ce point de'pend de ta défaite, Tu ne pouuois monstrer assez d'affection A ta moitié tombée en telle affliction: 97 Cesse de te rauir de si douce merueille,
La beauté que tu voids n'auoir point sa pareille, Fut jadis le butin de ton brutal effort, 00 Et sa pudique fleur te demeura plus fort:
Fleur qui noiia ce fruit, fleur qui te donne père A pouuoir moissonner le les du vitupère, 3 A iouyr désormais en iuste possesseur D'vne que tu connus infâme rauisseur, Ne cherche subterfuge, ou réplique au contraire, (3 Ton père & moy voulons ton espouse la faire. D. INIGVE.
Ouy pense d'obéir a ce décret fatal, [201]
Sur peine de m'auoir ennemy capital :
ALPHONSE, q Qu'elle ame si meschante & au vice endurcie Esprouuant à son mieux sa coulpe réussie, Ne voudroit accepter l'offre que l'on me fait, .n L'offre d'vn parangon des vertus tout parfait? Plustost que ne subir vne humble obéissance, De ce rare thresor prenant la jouyssance,
106 LA FORCE DV SANG [v. 1515-1552 "
15 QuVn foudre décoché soit ma punition,
L'espouser bornera ma seule ambition;
L'espouser des amours me transporte l'Empire, 18 Ma volonté la sienne idolâtre respire,
Pourueu que l'espousant i'estouffe à l'auenir
De l'outrage attenté le vengeur souuenir.
LEOCADIE.
21 L'outrage me tient lieu de félicité grande, Et iour ne passera que le cœur ne luy rende Mille humbles vœux d'hommage, & de sumission,
24 Tel crime désirable en sa remission, Tel crime désirable oii la faueur céleste En Myrthes amoureux change vn Cyprès funeste, [202]
27 Tel crime le parfait de mon contentement, Qui l'honneur abysmé place plus hautement.
PIZARE. I
Ma fille tu dits vray selon ma prophétie, 30 Que contre nostre espoir la chose réussie,
Ce naufrage honteux te pouuoit reparer,
Pouuoit d'vne tourmente vn calme préparer, 33 Le secours attendu à son heure opportune
De qui tient le timon de l'heureuse fortune :
Mais Monsieur pardonnez à la témérité, 36 Qui sur vn bruit espars contre la vérité
Plustost que de raison l'embuscade a rompue,
L'affection du sang trop facile repeuë 39 D'vne sombre apparence,
D. INIGVE.
Ostez dorénnauant
Ces excuses vers nous plus légères que vent,
Tel chef d'œuure acomply ne reçoit de contrôle; 42 Et puis que ce bon-heur précède la parole.
Puis que le Ciel amy le veut précipiter,
On ne sçauroit ses fruits qu'indignes rejetter: 45 Tant plus le Laboureur moissonne de bonne heure
De ses trauaux défunts satisfait il demeure: [203]
Donc le Mystère saint requis à les lier 48 Célébré parauant que de le publier,
le veux qu'après on dresse vne pompe Royale
Vne pompe publique à nostre ioye égale, 5j Et à nostre grandeur, qui porte ces amants
Au trône désiré de leurs contentements.