ACTE I
LA TERRE, TIPHOEÉ, ALGIONÉE, ENGELADE, BRIARÉE.
LA TERRE
VNE iuste fureur à réxtreme venue, (Ainsi que le tonnerre enclos dedans la nuë) à Emporte mon courage au glorieux effet
Du plus braue dessein qu'oncques Déesse a fait: [209] Veufue quitte ce deiiil, laisse perdre les larmes 6 A celles qui n'ont point de plus puissantes armes, Tu t'oifenserois trop en ta diuinité Dont l'illustre grandeur passe l'infinité, 9 Toy qui mère commune establis la Nature, Toy qui fis du Cahos la première ouuerture, Toy qui fondes l'orgueil des Empires diuers
12 En leurs riches Citez, qui bornes l'Vniuers, Qui féconde produis à la fois mille choses, Qui nourris en ton sein les richesses encloses,
15 Tu t'oifenserois trop, vn félon rauisseur Du throsne Olympien permettant possesseur, Du Throsne où ton espoux ce Titan vénérable
13 Deust à ceste heure seoir Monarque déplorable, Que sa crudelité chez vn traistre germain Apres luy auoir mis le Sceptre dans la main
21 Confine maintenant, fraude plus que Barbare, Captif, chargé de fers, aux Cachots du Tenare, Outre l'acte cruel qu'horrible a proférer
24 Ma bouche en son ayeul n'oseroit référer; La pieuse valeur a nos fils criminelle. Qui voulurent vanger l'iniure paternelle,
27 Où consommez du foudre, ou de tourmens punis, [210] Qui perdurables morts renaissent infinis: Sus donc race guerrière à ce coup vien sortie
gQ De stature, & de force à l'exploit assortie, Vien sous nostre conseil vne guerre mouuoir, Qui tes parents remette en l'antique pouuoir,
03 Qui réduise à leurs Loix les Cieux, l'Onde, l'Auerne, Et l'inique destin qui le monde gouuerne,