V. 120-161] LA GIGANTOMACfllE
20 Appas qui m'induit plus qu'aucune Royauté, Fay leur description véritable, ma Mère; Et pense qu'adioustant l'amour a la colère,
23 Tu presses d'aiguillons incroyables les cœurs, Qui nous feront plustost de la moitié vaincœurs.
LA TERRE. [215
Chacune en son espèce également parfaite,
26 Proye certaine après vne entière detfaite, Esbloiiira vos yeux de merueilles rauis, D'elles en plein banquet à la table seruis,
29 Qu'abreuue le Nectar, que repaist l'Ambrosie, Vne moisson de fleurs dessous les pieds choisie, Du plustost qu'a ces Dieux du Ciel précipitez,
32 Ma iustice assortit les tourments méritez, Du plustost qu'absolous en la voûte Céleste, Heur quelconque chez vous défectueux ne reste,
35 Le monde obeyra, mille Temples ouuers Se consacrent à vous Démons de l'Vniuers.
TIPHOEÉ.
Successeur designé du Monarque suprême, 38 Sa lunon m'appartient par vne raison même,
Heureuse que mon lict la daigne receuoir!
Que sa beauté sur moy s'obtienne ce pouuoir! 41 Plus amoureux d'honneur, plus ardent a la guerre,
Qu'à ces lasches plaisirs où la vertu s'enferre,
[e ne voudroy qu'après la sueur des combats 44 Reprendre vn peu d'haleine à semblables esbats.
ALCIONÉE.
Mon amoureuse part la couche se reserue, [216]
D'vne que tu nommois ce me semble Minerue,
47 Nom qui depuis m'incite agréable à l'aymer. Qui me vient de l'object les moiielles enflamer. Ah! que desia n'es tu, nostre guerre passée,
50 Vn Laurier sur ce front entre mes bras pressée! ENCELADE.
Au moins demeurera l'inconstante Cypris, Nostre amoureux butin, son adultère pris.
53 Son Thrace dessur qui la bataille eschauffée, Ma dextre se destine vn superbe Trophée, Premier ie le ioindray qui ne peut m'eschapper,
56 Non plus qu'elle ma flame amoureuse tromper. BRIARÉE.
Pourueus ne présumez que l'ombre me contente, Que mon boiiillant désir se paie d'vne attente,
59 Toutes s'exposeront a la Communauté, Toutes me permettront la même priuauté, En cas que le hazard ne seconde ma braise
112 LA GTGANTOMACHIE. [v. 162-202
Q2 D'vne particulière Amante qui l'appaise; Où bien afin de mieux esteindre ce discord Qu'on remette leur chois a la chance du sort. [217] LA TERRE.
65 Ne te martelle point dVne ialouse enuie, Diane t'est acquise en leur troupe asseruie, Plus belle que le iour que donne son Germain,
68 Chasteté que plusieurs espérèrent en vain, Tu l'auras, mon suffrage obtenu te la donne, Mon vouloir à toy seul cette fleur abandonne,
71 De qui beaucoup de Dieux souflrirent le refus De qui les doux appas te rauissent confus, Moindres & derniers fruits que la victoire apporte
74 Si vaillans comme il faut à l'effect on se porte; Prenez garde sur tout que la diuision Ne vous face des mains glisser l'ocasion:
TIPHOEÉ.
77 Toy mesme presse la, souueraine commande, Que par quelque lieu propre on attaque leur bande, Arme ta geniture esprouuant sa vertu
80 De telle volonté pourquoy diffères tu?
LA TERRE
Mon esprit soucieux bandé sur l'entreprise Désigne aussi l'endroit plus propre à la surprise, [218]
83 Et qui plus fortifie vne rébellion : Or sus venez enter Osse sur Pelion, Espouuentables Monts, dont les cimes cornues,
86 Vn foudre deffié outrepassent les nues,
Pinde proche nous peut suppléer leur défaut. Apres a coups de main se donnera l'asaut,
89 Et après on s'obtient sur laTrouppe immortelle, Qui ne pense à rien moins comme vne Citadelle ; D'armes vous les auez en ce corps maternel,
92 Vne source chez luy de secours éternel.
Les gros Arbres fournit, les montagneuses Roches, Que vos bras lanceront aux premières approches,
95 Présente ne craignez qu'aucun manque de rien, Le principal consiste a faire tost & bien.