‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 118 sur 230 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

MELEAGRE, ATALANTE, CHŒVR DE FILLES, PLEXIPE, TOXEE.

MELEAGRE.

Beau poiirtrait imprimé dans mon cœur, qui respire Désormais s'asseruir au ioug de ton Empire, IV Atalante où es-tu'? Nymphe, hâte le pas,

Vien d'vn Prince amoureux différer le trépas. Ce même coup fatal deux victoires te done,

82 De Mars, & de Cypris t'obtient double courone, Ta céleste vertu coniointe à ta beauté, Ne peuuent mériter moins qu'vne Royauté,

85 Moins que ta part du sceptre, ainsi que de ma couche, Ah ! mon âme de-ia vole dessur sa bouche, S'atache à ce corail, où vn essain d'amours

88 Décoche nouueaux traits, & se campe touiours, Faueur petite au pris de manier à l'aise Ces tertres, que décore vue iumelle fraise,

91 le tay le dernier point, qui du ressouuenir, Me semble auoir dé-ia préuenu l'auenir.

Me dérobe les sens, me transporte de ioye,

94 Dans vn doux fleuue ateint de délices, me noyé: [255] Vien Soleil amoureux dissiper ce soucy, 0 bons Dieux, toute en pleurs, & proche, la voicy,

97 Vn augure certain me frape la pensée, D'où l'iniure prouient, qui l'auroit offensée, Ma guerrière, ma sainte, hé ! quel suiet as-tu,

00 De ne iouir des fruits de ta rare vertu? Quiconque téméraire ose à elle se prendre. S'assure, qu'enuers moy c'est lourdement méprendre , 3 Que sans exception de grade, ma fureur. Aux neueux le destine exemplaire terreur.

ATALANTE

Chez votre Maiesté, azile qui me reste, 6 le me sauue des dents d'vn monstre plus funeste.

Monstre plus redoutable, & mille, & mille fois.

Que l'autre à qui l'on a fait rendre les abois, 9 L'Auerne le conçeut dedans la nuit profonde,

Qui ne finira point que par la fin du monde:

L'infâme nom d'enuie, à sa rage conuient, 12 De luy mon deshonneur & ma plainte prouient,

Ses ministres choisis, ah ! dispensez-moy. Sire ;

»Vn respect enuers eux, obserue de plus dire.

MELEAGRE.

15 Parle chère maitresse, acheue hardiment: Tu connoitras après si ma parole ment.

162 MELEAGRE. [v. 917-960

ATALANTE

Vos oncles, qui n'ont peu le faire par amoree, 18 Rauissent outrageux d'ouuerte, & viue force, [256]

L'honnorable guerdon qui me fût précieux,

Plus que de seoir au lieu de lunon dans les Cieux : 21 Prières, ne raisons, ne répliques, n'excuses,

Les larmes, ny les cris, de ces filles confuses,

N'ont pu rompre le coup à ce mauuais dessein, 24 N'ont adoucy le fiel qui leur couuoit au sein,

Atalante chétiue a présent résolue.

De ne suruiure plus à sa gloire polue. MELEAGRE.

27 0 Ciel! as-tu pu voir vn acte si peruers,

Sans les pousser ensemble aux Tartares ouuers,

Ces rebelles geans à l'âme déloyale, 30 Qui négligent, peruers, l'autorité Royale,

Qui foulent ma puissance, osent a son mépris,

Prendre où ie l'ay doné ce victorieux pris, 33 Osent comme ennemis de la mère nature,

Violer son chef-d'œuure en cette créature:

Barbares Lestrigons, courages de rocher, 36 Osez-vous sans tremeur les reliques toucher

D'vn corps, diuin seiour des vertus, & des grâces.

Capable d'alumer la flâme dans les glaces? 39 Osoit votre manie éprendre son courrons,

Auertis que le mien s'éclateroit sur vous? CHŒVR DE FILLES.

One spectacle ne fut à l'égal pitoyable, 42 Oncques assacinat a l'égal effroyable,

Qu votre Maiesté se représente voir,

Deux loups vne brebis tirasser pour l'auoir, [257]

45 Preste chaque moment de fournir butinée,

Vn repas sanguinaire a leur rage effrénée,

Non que la peur luy fit le visage changer, 48 Nous seules sans couleur tremblantes du danger. MELEAGRE.

Idmon, tes soldats pris, viste qu'on les ameine,

N'importe, vifs, où morts, mais sans excuse, â peine 51 Croiras-tu mon soucy qu'vn soupçon m'a prédit

L'origine du mal auant qu'on me l'ait dit,

Memoratif qu'au point de la palme adiugée, 54 Leur enuie à ton los abayoit enragée,

Redone à ce beau teint vn gracieux printems,

Ta prière s'obtient plus que tu ne prétens, 57 le veux qu'a genoux bas, d'vne voix claire, & haute

Ils impetrent de toy le pardon de leur faute,

Le premier qui fera quelque difficulté, 60 Vn supplice l'atend du destin consulté.

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