SCENE DERNIERE
ALTÉE, NOVRICE, IDMON.
ALTÉE.
73 T E marchand qui malgré les orages arriue,
I 1 Sa nef de lingots pleine à sa natale riue,
-^-^^ Le voyageur qui voit vn brigand assacin,
76 Qui n'agueres luy tint le poignard sur le sein. Ses biens restituez, d'vn bois patibulaire Receuoir en public le suplice exemplaire,
79 N'aproche comparé l'indicible soûlas,
Que tu goûtes Altée, vn meurtrier en tes lacs, Que ta haine animeuse épreuue d'allégeance,
82 En la proche moisson que touche ta vengeance: Or la félicité parfaite qu'elle atteint, Est qu'au même compas que le tison s'éteint,
85 Vne flâme a loisir le rongeant languissante, L'homicide mourir de la sorte se sente. Que la Parque son fil retranche plusieurs fois,
88 Et qu'vn long desespoir l'entretiene aux abois, 0 l'heur incomparable ! ô la claire iournée ! Vien Nourice, vien voir ma tristesse bornée,
91 Ne sçay quelle faueur spéciale du Ciel,
L'amer de mon courons me conuertit en miel.
170 MELEAGRE. [v. 1193-1220
NOVRICE. [269]
Miraculeux effet que la grâce diuine 94 Ait si tost a vos maux tloné la médecine î Qu'en cette passion violente qui fuit, Elle vous ait au ioug de la raison réduit.
ALTEE.
97 La cause va cesser qui causoit ma rancune, NOVRICE.
Perdez entièrement sa mémoire importune, »Onc vaincœur généreux ne pardone à demy, 00 »Et après le pardon ne hait son enneniy.
ALTÉE.
Tu dis vray, le cercueil deuore toute haine, Haïr, seroit après vue torture vaine.
NOVRICE.
3 L'arabage de ces mots remplis d'obscurité. Me fâche, dites-moy la pure vérité.
ALTÉE.
Elle te paroitra l'heare proche venue.
NOVRICE.
6 Tant y a, vers le Roy plaeable deuenuë, Que l'on ne parle plus de se vouloir venger.
ALTÉE.
Non, car le sort ieté d'auis me fait changer. NOVRICE.
9 Dieux! combien ce discours oblique me martelle! IDMON.
0 perte à la patrie effroyable, & mortelle! Pau are Monarque éteint en la flenr de tes ans, [270] 12 Que la rigueur du sort inique tu ressens!
ALTÉE.
0 heureuse nouuelle! ô plus qu'heureuse Altée, Reçoy de ton exploit la courone aportée, 15 A nous, Idmon, à nous, ne murmures-tu pas, D'vn inique tyran l'expiable trépas?
NOVRICE.
Madame, parlez mieux, quelle rage insensée 18 Poursuit à vous troubler la brutale pensée?
IDMON.
Ha! la voix me défaut, sinistre messager
Du plus triste malheur qui vous puisse afliger.
ALTÉE 21 Tu t'abuses, croyant ma débile constance,
Au désastre piéueu manquer de résistance,
Meleagre a suiuy ses oncles iuunolez, 24 Est-ce la tant dequoy nous rendre désolez?
JDMON.
Tant que l'Empire meurt en ce Roy magnanime, Pert auec luy son heur, & sa gloire sublime, 27 Pert vn sage p;j.tron. déplorable vaisseau. Dont l'orage se iouë à la mercy de l'eau.
ALTÉE.
Le tems te purgera pareille erreur conçeuë, 30 Fay sans plus le discours de sa tragique issue.
idMon.
La force a ce récit lugubre me défaut,
Toute l'âme d'horreur i»alpitante tressant, f-71]
33 Le panure Prince, helas! plutost mort, que malade,
D'vn charme, où d'vn poison a trouuë rëmbuscade,
Surpris d'vn mal à coup, qui peu à peu coulant, se De minute en minute a cru plus violent,
Comme vn cierge s'éteint la cire consomée,
La Parque au sein l'a pris de son épouse aymée, 39 Qui Niobe soudain conuertie en rocher,
Ne sçauroit iamais plus de larmes étancher.
ALTÉE.
Va, poursuy ton chemin, i'ay ce que le demande,
42 0 fauorable Ciel, que ta iustice est grande ! Que tu as adressé ce beau coup de ma main, Coup vers vn parricide encore trop humain,
45 Coup, qui de l'vniut.'rs mérite des louanges, Et de renom voler aux terres plus étranges. Afin de retenir sous le frein du deuoir,
48 Quiconque le permet pardessus son pouuoir. Quiconque ne sçait pas comme vn sceptre on manie, Sur ses propres parents paissant sa tyrannie.
51 Or la victime offerte à vos mânes heureux, Reposez sous le frais des Myrtlies odoreux, Receuez-la propice, ô vénérables ombres,
54 Compagne m'atendant dans les campagnes sombres. Où dans peu votre dùeil précipite mes pas, Car de viure sans vous m'est pis que le trépas.
PEOCRIS, t"^^
OV
LA lALOVSIE INFORTYNÉE.