‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 3)Chapitre 153 sur 230 · MERE · texte numérisé non relu

MERE

Pleust à sa volonté qu'il ne tint, ô mon âme, Q[u]'habiter en ta })lace vne funèbre lame,

91 S'offrir en sacrifice, & de mon sang vieillard Empourprer de Cloton l'impitoyable dard:

Qu'elle me treuueroit victime obéissante,

94 Qu'heureuse ie ferois en l'Erebe décente.

PERE

Mais moy, qui désormais inutile ne sers Que de poids a la terre, & qui frustre les vers,

97 Qui frustre le cercueil de leur dépouille due, Qui ne fay que languir de ma peine atendue, 0 iniques destins! tout ce qui vit de l'eau

00 Se donne précipit au gouffre du tombeau.

»Vous laissez raieunir le serpent chaque année, »L'homme excellent au pris n'a qu'vne matinée.

ALCESTE

3 Las! mon dueil véritable, ennemy du discours le porte dans le cœur, muet il a son cours, [346]

laçoit qu'vn reconfort désormais le soulage.

ADMETE.

6 0 désiré propos, qui m'acroist le courage!

ALCESTE

Hé ! que pourrois-ie mieux, qu'ay-ie à délibérer,

Toy mort, que de te suiure, & ton sort espérer?

ADMETE.

9 Tu me suiuras, ton heure à son tour ariuée, ALCESTE.

Ta trame s'acheuant, la mienne est acheuee.

ADMETE.

Le Ciel y contredit, qui te garde plus doua, 12 A Ihonneur mérité d'vn plus capable épous.

ALCESTE

0 consolation fausse autant qu'odieuse!

ADMETE.

Quiterois-tu du iour la clarté radieuse,

15 En l'avril de tes ans, entière de renon?

Propre aux fruits de Venus, & aux loix de lunon, Sous l'ombre d'vn amour que loyal tu me portes?

18 Rien moins, rien moins, l'enfer te fermeroit ses portes. Te contraindroit revivre, à nature rendant Son chef-d'œuure défait par vn coup imprudent.

Page 1